Le prétexte

En hommage à Raymond Queneau, la blogosphère présente une version remixée des fameux EXERCICES DE STYLE. Un projet piloté par Clarence L'inspecteur, en collaboration avec du monde qu'il a déjà vu et du monde qu'il n'a jamais vu. N'importe qui peut participer et prendre en charge une version/contrainte. Il s'agit d'abord de la réclamer, de l'écrire, et de la publier sur son propre blogue. Elle se retrouvera finalement ici, avec un lien en indiquant la provenance. Pour réclamer une version, laissez un commentaire ici ou écrivez à l'adresse suivante: clarencelinspecteur@yahoo.ca

jeudi 27 janvier 2011

49. APOSTROPHE

ALIAS CHARNY: Yo ch't'aussi loquace qu'efficace, ch't'un vrai rapace, c't'au sérieux qu'j'prends mon task, faque débarasse. Tu vas-tu m'faire des rhymes aussi class que ma face quand l'bad ass qui t'efface va chier dans bourrasque? Yo, ta crasse de cinq un cass, pis ton métro à cinq piasses, ch'tanné de les payer a'ec mes taxes, man j'te blast.  

MC LÈVE VIE: Represent 83, 418, Lévy dans mon lit pour la vie! OHH! Essaye pas d'péter mon flow, esti d'idiot d'pas beau, j't'éloquent comme un paon. Fucking Montréal pas belle qui s'pense bonne avec ses tonnes de grosses cochonnes dans l'métro Berri Uqonne, yo, à 8h bourré d'monde pas du monde toute une gang de frais chier d'cravatte plates qui m'pompent, que j'dompe pis que j'tire avec mon gun à plombe, yo j'te surplombe du Cap Diamant pis j'te plante en sacraman.

Refrain (x 3): Y a tellement aucune chance pour que je r'vienne à Montréal, y a pas plus d'aurole boréale que de lumières du labrador, c'est sale, ça pue c'est laitte pis en plus c'est fucking dangereux-eux-eux-eux.

DJ RÉDEMPTEUR: J'm'immisce dans les interstices du vice, j'prends des risques, toi ton avarice se coince dans l'orifice, parles-moi pas d'injustice, ta malice me glisse dessus comme du câlice de dentifrice, yo, moi j'vis dans la matrice sans malice, la génératrice boréale de mon peup' en lice, pis j'ris de toé pis d'tes cicatrices de criss de pion de service, quand tu plisses ton maléfice de pseudo métropolis, ton immondice vue d'ici, man, c't'un délice.

IL DORT LÉAN, AKA EL FOU D'LIL' WAYNE: Tu t'sauves tout le temps tu prends jamais le temps, c'fuking gossant, man le train t'en descends rapidement sans bon sens, yé même pas froid ton sang, t'es-t-un perdant d'premier plan, yo, j't'attends dans l'rang, t'es pissant 'sti d'fendant, t'es-t-impuissant c't'évident, ch'te r'garde pis ch'te sens remontant l'Saint-Laurent jusqu'à mon Île d'Orléan, yo c'pas mêlant, reste chez-vous sacraman, toi pis tes accommodements.

SOUTH SHORE MANIAC: L'opinel de mon fiel actuel te cancèle, yo, j'nique ton indigence pis ta pitance, quand t'as l'arrogance d'appeler Nationale l'engeance de c'te bibli qui aurait dûe être ici, entre le Manège pis la porte Saint-Louis, fuck, pis toi tu passes ta vie dans l'mépris des régions, avec ton bedon bien gonflé de pion pis d'soumis à la big business des 'Sta Unis, imbécile fini d'Montréalais dans l'déni, yo, tu perds ma langue qui devient exsangue, prisonnier de la gangue des immigrants de la harangue, mon beau français tu l'méprises ça paraît, tu y crisses des claques sans arrêt pis tu déguerpis jus' après.

Refrain (x 6): Y a tellement aucune chance pour que je r'vienne à Montréal, y a pas plus d'aurole boréale que de lumières du labrador, c'est sale, ça pue c'est laitte pis en plus c'est fucking dangereux-eux-eux-eux.

           

vendredi 21 janvier 2011

48. PHILOSOPHIQUE

N’est-il pas absurde de se retrouver comme ça, jour après jour dans le métro, revivant inlassablement la même scène avec des gens différents, la foule des anonymes qui vaquent à leurs occupations, et en cela semblables à des automates dépourvus de liberté ? Cette scène quotidienne, que nous apprend-elle, sinon la naïveté de ceux qui défendent l’idée selon laquelle l’homme est libre ? La liberté de reproduire le même en étant aveuglé par la ruse et la complexité des appareils idéologiques d’états qui nous réifient est une liberté de pacotille, et l’originalité, en solde chez Urban Outfitters, n’est qu’une mauvaise blague qui accroche pourtant au visage du citoyen le sourire satisfait de celui qui a réussi. Et la cravate de cet homme, prise entre les portes du train, qu’évoque-t-elle sinon la situation du sujet contemporain, lui-même prisonnier dans l’étau de la société consumériste ? Hélas, le monde est un spectacle, une grande fête, et il faut voir dans l’attitude de cette jeune fille qui s’esclaffe devant le malheur de cet homme d’affaire le symptôme d’un mal beaucoup plus profond, enfoui, et qui se traduit de façon empirique par le fou rire cynique que nous déployons tous pour ne pas mourir de tristesse.

La colère de cet homme, disproportionnée, est tout à fait caractéristique du narcissisme qui de tout temps, a fait de la rencontre avec l’Autre l’occasion de se valoriser en se réfugiant derrière l’effet que produit immanquablement une apparence soignée. Celui-ci mérite peut-être les railleries dont il est la victime, après tout. Mais quels critères convoquer pour juger de ce qu’un être mérite ? N’y a-t-il pas là une impossibilité logique, une aporie ? L’homme peut-il penser la situation de l’homme sans que ses idées soient contaminées par les paramètres cognitifs qu’ils souhaitent appréhender ? La philosophie, alors, n’est peut-être rien d’autre qu’un jeu de l’esprit, fondamentalement improductif, bon tout au plus à divertir les âmes errantes qui ne sont aptes à rien d’autre qu’à se complaire dans les jeux de miroirs infinis de l’intellect.

Et si la liberté n’existe pas, si nous sommes des êtres déterminés, ce dont je ne doute pas, il existe néanmoins des hasards qui laissent présager, ou à tout le moins donnent envie de croire qu’il existe un Dieu, un grand moteur, un chef d’orchestre qui s’amuse à nos dépends en tirant quand bon lui semble les ficelles de l’existence. Par exemple, comment expliquer que parmi des milliers d’individus, j’ai rencontré à nouveau cet homme, aujourd’hui, à la bibliothèque, alors que les lois de la probabilité interdisent pratiquement une telle conjoncture ? Et que dire de cet autre hasard qui a fait en sorte que son téléphone mobile sonne précisément au moment où la seule personne de la bibliothèque dotée d’une volonté assez forte pour le punir comme il se doit, cette jeune asiatique, était en train de passer derrière lui ?

Cette question insondable, la rencontre de l’ordre et du chaos, me pousse à me rendre à l’évidence. Il ne me reste plus qu’à sortir fumer une Gitane. Me faire don de ce moment de pure dépense, cette gratuité céleste qui me laisse croire que la vie, après tout, n’est pas si désagréable, car comme l’a écrit Derrida, « S’il y a du don — et surtout si on se donne quelque chose, quelque affect ou quelque plaisir pur, il peut donc avoir un rapport essentiel, au moins symbolique ou emblématique, avec l’autorisation qu’on se donne à fumer. »

samedi 15 janvier 2011

47. FANTOMATIQUE

Nous étions dans une voiture nauséabonde, en fait, une odeur flottait dans tout le métro. Un pestilentiel effluve de putréfaction régnait dans la déserte Station Berri-Uqam. Sur la ligne Orange direction MortMorency. Le train semblait prisonnier de l’immobilité. Alors que l’immuabilité allait enfin prendre fin, un zombie entra lourdement et lentement. Il portait une veste maintenant marron dont on ne pouvait deviner la couleur originelle. Ses souliers gris morgue avaient peut-être déjà été blancs. En se retournant pour s’agripper à une barre, son autre bras coinça entre les portes. Du coup, des personnages éthérés, translucides et fantomatiques apparurent dans un effroyable hurlement. Le métro roulait. Nous restions cois et terrorisés.

Une jeune fille morte-vivante assise sur le banc à côté du brun zombie, pouffa d’un rire démoniaque. Elle riait à s’en décrocher la mâchoire. D’ailleurs son maxillaire inférieur s’écrasa sur le sol sale. Le zombie entra dans une mortelle colère. Son bras prisonnier des portes craqua et se détacha, laissant sa crédibilité coincée dans l’éternité. Notre zombie descendit à Sherbrooke, la morte-vivante monta le son de son baladeur jaune Sony, sa lèvre supérieure bougeant comme le murmure des paroles d’une chanson pop vide de vie. Les fantômes réapparurent en hurlant. Nous emboîtâmes le pas au lent zombie marron.

Deux heures plus tard le nonchalant zombie manchot arriva enfin à la Bibliothèque Nationale qui était aussi déserte et puante que la Station Berri-Uqam. Il s’installa dans un fauteuil. Le manchot zombie commença à lire Le Monde Diplomatique. Nous avions toujours su que c’était le type de publication qu’on pouvait lire d’une seule main. Soudain, son téléphone cellulaire sonna mortellement. Une goule asiatique passait derrière lui au même moment. La goule arracha le derrière de la tête du zombie et grignota des morceaux de cerveau pourri en disparaissant dans les brumes ténébreuses de la bibliothèque.

Effrayés et stupéfaits, nous quittâmes l’endroit pour aller siffler une pinte de bière. Arrivés à La mort à boire dans l’entrée de la brasserie une plaque bleu diabolique lançait cette funeste inscription : "Nous nous emmerdons et facebookons dans un métro qui roule vers la mort." Wow! Nous sirotâmes, tétâmes et fîmes durer nos pintes de bière juste pour vérifier.

vendredi 7 janvier 2011

46. PARÉCHÈSES

Bonsoir, ce soir soirée de rétribution sonnante pour un homme en somme commun mais muni d’une soierie brune, de chaussures sans usure et d’une insouciance si encéphalique qu’il fallut qu’une jeune prune pourtant bien mûrie ne se retienne plus d’infliger une correction bien nourrie au pruneau lorsqu’il laissa sa pomme grenade éclater téléphoniquement dans un banc de la banq, mettant tant de monde en compote. L’anecdote, selon nos sources, s’est déroulée par séquences. Notre envoyé spatial a été spécialement dépêché sous les cieux du lieu pour reprendre en main le fil des événements. Vous nagez en pleine confiture, mon cher, avez-vous cherché et obtenu les confidences du présumé prévenu?

Oui, il m’a confié qu’un contingent de gens conspirait contre lui depuis qu’un conciliabule de confédérés s’est contreposé entre lui et un wagon de transport en commun. Comprenant ses jambes à son cou, il s’y glisse juste à la clôture des portes, semant dans son sillage un confetti de conjurations qui se coincent dans le caoutchouc avec sa cravate verte à conques vierges. Il concède avoir connu des jours moins concrets. Ô comble, une concubine conçue des années après lui le conspue d’un éclat de rire canonique, convaincue du comique d’un concours de circonstances qu’il eût voulu conjurer. Concevant de la conchier, notre circoncis du concombre, vexé parce que condamné à manquer de crédibilité en sa condition de rubicond, perd toute contenance tandis que la contralto entonne narquoise un air de concert avec le son de son Ipod concordant. Il condescend aux confins de la station suivante, mais ce n’est que deux heures après qu’une mandarine et non une prune lui contrepète l’occiput pour concavité publique. Pour conclure, la concomitance des déconvenues de notre navet n’a rien d’orchestré, il se contentera de nos condoléances.

Merci beaucoup, mon cher, d’avoir démêlé l’écheveau de la corde.

Je vous en prie, c’est toujours mieux que décoller les cheveux de la merde.