Les tourniquets bippent et cliquètent, vomissant en petits rots la horde piétinante et babillante de passagers. La rumeur de pas et de mots s’intensifie, les étoffes se frottent, les éclats de voix sont assourdis alors qu’un soufflement de ventilateur annonce l’arrivée du métro. Les portes claquent comme le couperet de la guillotine sur le cou du condamné et déversent et ravalent leur lot de voyageurs. Un crissement froid de pantalons en matière synthétique et un claquement de semelles en caoutchouc s’approchent à toute vitesse du wagon alors que la voix désincarnée de la STM en personne ordonne de libérer les portes. L’homme se glisse entre celles-ci, lâchant malgré lui un cri d’effort pathétique. Chonk!
Soufflant comme un marathonien en fin d’épreuve, il tire sur sa cravate restée prise entre les deux portes, tel un contrebassiste jazz tentant d’atteindre le it. Une mélodie joyeuse s’élève des lèvres d’une jeune flûte traversière. L’homme grogne et vocifère de sa voix nasale contre la ricaneuse, mais il ne réussit ridiculement qu’à provoquer davantage de glougloutements chez elle. « Station Sherbrooke », déclare fièrement la STM. Bruyamment, ostentatoirement, l’homme sort en crissant des pantalons, et la petite flûte remet sur ses oreilles des écouteurs, desquels s’échappe un arrangement de guitares distortionnées, de batterie enragée et de voix lacérantes, reproduites presque silencieusement entre ses lèvres.
Cent-vingt tics d’une horloge plus tard, mes oreilles captent à nouveau le crisseur, occupé à feuilleter sonorement un journal à la béaennecul. La neuvième symphonie de Beethoven version boîte de conserve monte en crescendo de sa poche. Presque au même moment, une petite main de tailleuse chinoise fend l’air tel un sabre japonais et s’abat avec un bruit sourd derrière sa tête. Le choc de son cerveau contre sa boîte crânienne a pu être entendu à quelques centimètres à la ronde.
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