Le prétexte

En hommage à Raymond Queneau, la blogosphère présente une version remixée des fameux EXERCICES DE STYLE. Un projet piloté par Clarence L'inspecteur, en collaboration avec du monde qu'il a déjà vu et du monde qu'il n'a jamais vu. N'importe qui peut participer et prendre en charge une version/contrainte. Il s'agit d'abord de la réclamer, de l'écrire, et de la publier sur son propre blogue. Elle se retrouvera finalement ici, avec un lien en indiquant la provenance. Pour réclamer une version, laissez un commentaire ici ou écrivez à l'adresse suivante: clarencelinspecteur@yahoo.ca

mardi 30 novembre 2010

36. APOCOPES

Dans le wag à la stati Ber-Uqa, je remar un hom qui mon pen que ça se refer. Sa crava se pog dans les por. Une jeu fil trou l’événe très drô. L’hom est fru. Il la sermon, mais sa crava pog lui don plus l’air ca que gra. Au mom où il débar, la fil mon le volu de sa musi pen que le met conti sur la lig oran vers Montmoren.

Envi deux heu plus tard, je le recroi à la Gran Bib. Il consul une publica sérieu lors son cell son brusque. Une fem asiati, derriè lui, lui don une gif. El est déran par la sonne du cell.

35. APHÉRÈSES

Le tro à l'heure ffluente tait dé comme d'bitude. Un homme ccourut ffublé d'une ste ne et ssé d'padrilles blancs. Sa vate se ça dans le canisme des rtes se fermant. Il ra, cra, mina au lieu de la pulace du gon. À té de lui, une jeune lle s'claffa et il lut la monner mais en n'y fit: elle eût le ssus sur la dibilité du sieur. Milié, ce nier scendit à Brooke, la tion vante.

Je le sai deux heures près à la Bliothèque Tionale où il s'upait à lire un nal tellectuel de gauche. Son léphone llulaire tentit dans le tuaire turel et il se vit sservir un fflet par une darine plus lide qu'un fruit.

samedi 20 novembre 2010

34. POLYPTOTES

J'étais en crisse parce que j'avais crissement envie d'en fumer une crisse de bonne mais la crisse de patche était supposée m'envoyer de la crisse de nicotine dans le crisse de sang pis en plus y avait crissement beaucoup de monde dans le wagon pis j'étouffais pis j'avais le goût de tout crisser là quand un crisse de gros cave s'est crissé devant moi juste avant que les portes se referment sur sa crisse de cravate crissement laide pis crissement démodée pis ses yeux se crissaient l'un de l'autre pis j'y en ai quasiment crissé une derrière la tête mais y a une crisse de belle fille qui est crissement partie à rire de lui pis c'était crissement contagieux faque je me suis dit crisse calme-toi man! pis j'ai respiré profond en crisse pis c'était correct parce que le crisse d'épais est descendu tout de suite après à Sherbrooke l'esti de criss de station laide comme le crisse avec ses crisses de murs beiges pis son plafond genre mauve laite en criss pis j'avais crissement envie d'en fumer une crisse de bonne sauf que je m'en allais crissement loin dans Ahuntsic pour crisser là une crisse de folle que j'avais crissement plus envie de fourrer avec pis laisse-moi te dire que ça s'est mal passé en crisse mais c'est pas de tes crisses d'affaires pis crisse-moi patience avec tes crisses de questions connes que je m'en crisse! en tous cas j'étais crissement down quand j'ai décrissé de là pis je suis revenu au crisse de centre-ville avec les crisses d'itinérants qui se prennent pour le christ ou quoi avec leurs crisses de longues barbes toutes crottées pis je me suis crissé une deuxième patche pis j'ai crissement voulu aller à la bibli me louer un livre sur Christophe Colomb pis tous les premiers Superman avec Christopher Reeves avant de crisser mon camp sauf que man! le criss de même wack était crissement là en train de lire un criss de journal de français crissement tout effouaré dans un couch pis son cell m'a fait crisser des dents comme sorti de crissement nulle part pis juste avant que je lui en crisse une bonne derrière la tête pour de vrai y a une crisse de Koréenne toute crispée qui a crissement lu dans mes pensées parce que crisse que ça a cogné.

Clarence L'inspecteur               

jeudi 18 novembre 2010

33. ALEXANDRINS

Nous stationnons, inquiets qu'un jeune homme attristé
par la vie trop injuste ait mis fin à ses jours
sur les rails devant nous. On peut encor rentrer
à temps pour Virginie… Un paltoquet accourt,
soufflant, couinant, se tourne et se voit étranglé
par sa cravate (affreuse) arrimée entre les
portes. Il faut le voir! Quel con! Il chausse des
Stan Smith immaculés et un blouson zébré
dans les teintes de brun. Sûr qu'il est daltonien.
« Un moment d'attention… » Il se met à jurer,
moins parce qu'on stagne, ce foutu moins que rien,
que parce qu'il a tout l'air d'un dégénéré.
Le wagon s'esclaffe et, sur le siège adjacent,
une jeune fille pousse un peu trop la note.
Le zouf mue dans l'aigu (humiliation aidant)
et s'emploie tout de go à sermonner la sotte.
« Fuck you, mon criss d'épais, t'es pas vraiment crédible »,
lui répond-elle alors et tout le monde acquiesce.
Entre temps on repart et prend de la vitesse,
mais insuffisamment selon l'avis du plouc
qui maudit le sort pour sa posture risible.
Heureusement pour lui, on arrive à Sherbrooke.
Il déguerpit. La fille augmente le volume
de son iPod nano et marmonne un refrain.
Après une heure ou deux, je revois le crétin
dans la section revues. Je ne sais ce qu'il fume,
faudrait y remédier : il reçoit un appel,
comme ça, désinvolte, et discute à son aise!
On est deux ou trois gars à lui chercher querelle,
mais son cas est réglé par une Taïwanaise.

Raymond Bock

32. IMPARFAIT

C’était dans le métro, à l’heure où tout le monde se pointe ; l’insupportable heure de pointe. La ligne était orange et se dirigeait vers Montmorency. Un homme entrait en courant, dans le wagon qui était bondé, tandis que les portes se refermaient. Il portait une veste marron et ses souliers étaient d’une blancheur qui rappelait l’immaculée blancheur de Marie, du temps qu’elle était Vierge. Il se retournait pour reprendre son équilibre et sa cravate restait prise entre les portes. Une jeune fille s’asseyait sur le banc qui était à côté, et ne parvenait pas à s’empêcher de rire. Elle riait, riait, et l’homme se fâchait. Il tentait de la sermonner, mais sa cravate était toujours prisonnière des portes et lui enlevait le peu de crédibilité dont il disposait. Il descendait à Sherbrooke, tandis que le fille levait le son de son iPod et murmurait les paroles de sa chanson du bout des lèvres. Deux heures plus tard, je croisais l’homme à la cravate àa la Bibliothèque Nationale. Il lisait Le Monde Diplomatique et son téléphone sonnait avec insistance. Une femme qui était asiatique et qui passait derrière lui le frappait derrière la tête avec énergie ; c’était parfait.

31. PASSÉ SIMPLE

L'heure de pointe fut, tout comme un plouc, soudain, qui accourut. Ses souliers, sa veste, si maladroitement agencés qu'ils fussent ne rivalisèrent pas avec le caca d'oie de sa cravate. Une erreur, et qui fut aussi relevée par les portes. Une fille rit. Il couina, coincé. La jeune fille rit de plus belle, pas laide. Sherbrooke arriva, le plouc s'alla humilier autre part.

Plus tard j'entendis : « allô?» . Le même plouc s'évacha devant le Monde. Le péril jaune déferla sur lui.

mercredi 17 novembre 2010

30. PRÉSENT

Les animateurs de radio accompagnent les conducteurs automobiles dans leur véhicule et les adeptes du métro s'écrasent les membres les uns sur les autres, le temps d'un trajet sur la ligne orange. J'observe. Pénètre un autre corps essoufflé dans ce long ver souterrain. Mal fagoté, trop pressé, il glisse et la seule chose qui le retient de tomber est sa cravate, prise dans les portes. Je ris. Une fille rit franchement à son tour. Il est insulté: il rouspète, peste. Une cravate prise dans une porte de métro n'accorde aucun crédit à qui que ce soit, malheureusement. De toute façon, la musique du Ipod couvre maintenant la voix de l'homme. La fille fait même du lipsync, absorbée par les paroles. Je rigole encore.

Le hasard est une bien drôle de chose: je pénètre dans la bibliothèque et voici le même homme du métro. Qui lit un journal confortablement installé. La malchance lui court décidément après: son cellulaire sonne incroyablement fort et les gens aux alentours le regarde comme un parfait imbécile. La femme qui se trouve juste à côté de lui fronce les sourcils au-dessus de ses yeux bridés et lui balance une superbe gifle. La main est imprégnée sur sa joue.


mardi 16 novembre 2010

29. PASSÉ INDÉFINI

Je suis monté station Berri-Uqam. Ça puait, c'était bondé; j'ai dû rester debout. Coincé mais peinard, j'attendais que le wagon reparte, quand un type est arrivé en courant et s'est glissé de justesse. Il a bien fait rire la petite, assise à côté, lorsque, voulant se stabiliser, il s'est plutôt retrouvé en mauvaise posture: sa cravate, dans son empressement, s'était coincée entre les deux portes.
Il a tenté de sermonner l'ado, en la menaçant de son doigt vengeur, mais sa position burlesque a nui à sa crédibilité. Peu après, enfin libéré, il est descendu à Sherbrooke, repartant au galop et l'air honteux. La jeune fille s'est alors mise à fredonner un air que je n'ai pas reconnu. Je suis sorti un peu plus loin.
Le même jour, j'ai revu l'hurluberlu à la Bibliothèque Nationale. Il était en train de lire son journal quand la sonnerie de son portable a retenti. Se tenant tout près, une femme asiatique, visiblement embêtée par le bruit, a étendu le bras et lui a balancé une bonne claque derrière la tête.