Le prétexte

En hommage à Raymond Queneau, la blogosphère présente une version remixée des fameux EXERCICES DE STYLE. Un projet piloté par Clarence L'inspecteur, en collaboration avec du monde qu'il a déjà vu et du monde qu'il n'a jamais vu. N'importe qui peut participer et prendre en charge une version/contrainte. Il s'agit d'abord de la réclamer, de l'écrire, et de la publier sur son propre blogue. Elle se retrouvera finalement ici, avec un lien en indiquant la provenance. Pour réclamer une version, laissez un commentaire ici ou écrivez à l'adresse suivante: clarencelinspecteur@yahoo.ca

jeudi 23 septembre 2010

13. PRÉCISIONS

Je suis entré dans le métro, cet endroit chauffé hyper naturellement l'hiver venu, « hyper naturellement » puisque dans les grands grillages sur les bords des rails, juste devant les bancs, on y empile des mexicains, hommes et femmes, de races humaines, environ une centaine, et qu'on souffle l'air de la chaleur qu'ils produisent sur les autres humains qui veulent prendre le métro chauffé hyper naturellement l'hiver venu. J'ai hésité un peu, même si hésiter n'est pas dans mes habitudes, monter dans le wagon ou attendre le prochain, changer de ligne, ou aborder cette fille, tellement laide ou tellement belle, difficile à dire, mais j'ai dit que je n'hésitais pas alors je suis monté en direction Montmorency, station bâtie tout récemment, quoi que pas tant que ça, le temps passe trop vite. Je me sentais invincible avec ce blazer que j'avais acheté dans le sous-sol de l'église près de chez Tante Bénénice pour me déguiser en Passe-Montagne à l'Halloween il y a trois ou quatre ans (le temps passe trop vite), mais quelle surprise j'ai eu, même si être surpris n'est pas dans mes habitudes non plus, lorsque la longue cravate que je portais s'est coincée entre les deux portes du métro puisque je n'avais pas entendu le « toudoudou », mais bien le son d'une vache comme celui qu'émettait ma ferme Fisher Price, je croyais alors rêver, mais rêver n'est pas dans mes habitudes alors les portes se sont fermées sur moi. Cela m'a rendu nul autre que démoniaque, « comme la rage dans une cage » dirait mon artiste fétiche, parce que ma cravate en était une de collection, un motif rare, rare, rare, et j'aperçu cette même fille, belle ou laide, qui pouffa d'un rire se rapprochant de celui d'un porcelet qu'on égorge, la truie, j'ai fait mine de ne rien entendre. J'ai décollé ma main droite du poteau visqueux, puis la gauche, pour ensuite faire quelques pas et sortir à Sherbrooke (la station de métro et non la ville), je vis cette cochonne qui articula en silence les paroles d'une chanson que j'ai automatiquement deviné être Cavalière des B.B., impossible de me tromper là-dessus, j'avais participé à l'émission Slash avec Patrick Huneault (maintenant assistant réalisateur en salle de casting) sur les ondes de Canal Famille, puis à Fa si la chanter, jeu questionnaire animé par l'interprète de cette même chanson que la fille laide chantait du bout de ses lèvres gercées, il était temps que je sorte, j'allais vomir. Je n'ai rien vomi, mais ai laissé échapper ce léger rot me rappelant les raviolis Chef Boyardee ingérés quelques heures plus tôt accompagnés d'une tranche de pain blanc avec de la margarine jaune (il ne restait plus de beurre, ni rien d'autre d'ailleurs), puis suis allé m'installer au bordel des intellectuels, la bibliothèque, avec le livre que m'avait offert celle qui m'avait laissé la veille d'avant, une copine devenue ex que quelques personnes pourraient qualifier de chinoise mais qui était en fait laotienne, ultra sexuelle mais surtout, trop intelligente pour moi, alors voilà, elle était partie en claquant les pieds et en me blessant la tête, « la tête » dans tous les sens du terme, physique et psychotique, propre et défiguré, alors voilà, j'allais tenir ouvert ce livre impossible pour avoir l'impression de signifier, d'être, de devenir; j'allais tenir ouvert ce livre impossible pour me donner une contenance un tout petit, petit, petit instant.

Mélanie Jannard

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