Le prétexte

En hommage à Raymond Queneau, la blogosphère présente une version remixée des fameux EXERCICES DE STYLE. Un projet piloté par Clarence L'inspecteur, en collaboration avec du monde qu'il a déjà vu et du monde qu'il n'a jamais vu. N'importe qui peut participer et prendre en charge une version/contrainte. Il s'agit d'abord de la réclamer, de l'écrire, et de la publier sur son propre blogue. Elle se retrouvera finalement ici, avec un lien en indiquant la provenance. Pour réclamer une version, laissez un commentaire ici ou écrivez à l'adresse suivante: clarencelinspecteur@yahoo.ca

jeudi 23 septembre 2010

12. HÉSITATIONS

Berri-Uqam et une grande marée qui suit son point de fuite vers mille lieux précis, autant de rendez-vous aléatoires et de choix bénins. Pas pour moi. Même la plus petite décision pourrait sceller mon destin, laisser une marque permanente et indélébile.

Comme le choix de cette cravate fripée qui me noue la gorge et me tire vers l'angoisse. Vers la panique. Vers les portes qui se referment et m'étranglent. À force de vivre immobile, on se coince le cul dans toutes les portes qui se referment. Aller à droite. Plus proche encore de la tristesse. Vers la gauche, la frontière de l'infini à découper en mille morceaux. Choisir 1 égal toujours -1000. Pourquoi pas la rouge. Trop criard pour se fondre dans la masse qui trace. Pourquoi pas vert. Pour peut-être espérer trouver mon chemin. Ou gris. Neutre. Ni trop à droite, ni trop à gauche. Implication nulle. Le No man land de l'affirmation. Regarder le sol. Toujours. Laisser passer la foule. Vouloir ramper pour ne pas déranger. Pour ne pas s'imposer. Avoir l'air vide et si fatigué. Être si fatigué de n'aller nul part…

Une jeune asiatique too cool too fonction avec son MP3 à paillettes pas d'écouteurs se moque de ma tronche. Hello Kitty vomit des éclats métalliques qui écorchent les tympans et font chier le peuple. Ça gratte de l'intérieur. Ça pique les oreilles. Ça chauffe les yeux. un tic, deux tics, trois tics, passer un main dans mes cheveux, serrer la mâchoire, cligner de l'oeil à répétition, sentir le sang battre dans mes temples et fuir vers le sol.

Prendre délicatement l'objet de mes souffrances dans un sourire. Le retourner entre mes mains moites. Céder à l'hystérie. Le crisser au bout de mes bras. L'éclater sur le linoléum pour que brillent ses entrailles à travers les derniers rayons verts des néons. Les portes s'ouvrent. Je sors. Libération…Et puis non. Un soupir de travers, une seconde de trop et surtout, ne rien désaxer dans l'univers. Station Sherbrooke. Je prends la porte, la fuite, point.

Lire la vie des autres dans la Bibliothèque Nationale plutôt que de choisir ma propre ligne directrice. Répit. Entre le point A et ce soir, trop de possibles, pas assez de certitudes. Angoisse. Avenir multi directionnel, je t'emmerde. Demain immobile, fragile. Pourtant, tout ça semble si facile pour les autres. Vivre tranquille, enligner les choix, enfiler le temps vers en avant.

Sonnerie de style synthé beat box à deux balles derrière moi. Voix de craie. Forte, aiguë, désagréable comme le cri de mille mouettes aphones. Et la terre qui se remet à tourner carré. Ça gratte de l'intérieur. Ça pique les oreilles. Ça chauffe les yeux. un tic, deux tics, trois tics, passer un main dans mes cheveux, serrer la mâchoire, cligner de l'oeil à répétition, sentir le sang battre dans mes temples et fuire vers le sol.

Me lever doucement. Contourner la table. Un pas en arrière. Un élan en avant et lui foutre une claque derrière la tête à cette conne. Facile de même...Et puis non. Un soupir de travers, une seconde de trop et surtout, ne rien désaxer dans l'univers. Prendre la porte. Effacer un peu plus les tangentes dans les lignes de ma main et encore, tracer vers le point de fuite.

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