Le prétexte

En hommage à Raymond Queneau, la blogosphère présente une version remixée des fameux EXERCICES DE STYLE. Un projet piloté par Clarence L'inspecteur, en collaboration avec du monde qu'il a déjà vu et du monde qu'il n'a jamais vu. N'importe qui peut participer et prendre en charge une version/contrainte. Il s'agit d'abord de la réclamer, de l'écrire, et de la publier sur son propre blogue. Elle se retrouvera finalement ici, avec un lien en indiquant la provenance. Pour réclamer une version, laissez un commentaire ici ou écrivez à l'adresse suivante: clarencelinspecteur@yahoo.ca

jeudi 30 décembre 2010

45. APARTÉS

Le métro s'est pointé au fond du tunnel fuck fuck fuck tassez-vous tassez-vous tassez-vous et la foule s'est soudainement condensée. Il y avait de la place à peine enlève ton esti de sacoche grosse laide pour passer le doigt. Pourtant, tout le monde a réussi à pénétrer vieille sèche même pas milf en se squeezant un peu. Quelqu'un d'extrêmement poli man le dude est luisant tellement il sue a soudainement retenu les portes pour qu'un dernier passager, qui arrivait en courant, puisse entrer kès tu fous, tu vois ben qu'il y a plus de place. L'individu, habillé bizarrement d'une ouach veste brune et de tabarnack as-tu vu les snicks souliers sports blancs, s'est précipité dans le wagon à la dernière grouille man je suis en retard seconde et les portes se sont refermées sur sa yeurk cravate. Les portes bon, enweille, grouille grouille grouille se sont refermées sur sa cravate alors qu'il tentait de full gay virevolter plus ou moins élégamment. Juste à côté de lui elle me regardera pas, tchèke ben ça elle va pas me regarder de tout le trajet une jolie fille qui avait réussie à s'asseoir tchèke ben ça elle va même pas me remarquer l'estie d'agace n'a pas pu s'empêcher de rire fuck j'y ferais pas mal à elle. L'individu à la cravate, offusqué, elle trouve ça drôle lui a demandé si elle trouvait ça drôle c'est vrai que c'est drôle, si elle trouvait ça comique comique de voir quelqu'un dans le pétrin t'as l'air cave assume, et elle lui a répondu qu'il avait l'air cave et d'assumer oh my god on est connectés! Quelques secondes plus tard bons débarras il descendait à la station Sherbrooke c'était pas un film avec genre Charlotte Laurier ça ou quelque chose de même?, créant par le fait même un minimum d'espace pour remuer fuck j'ai le bras tout engourdi et s'épanouir fuck est vraiment cute j'ai presque un semi boner ah non c'est à cause de la grosse qui se frotte sur mon crotch depuis taleure.

Quelques heures plus tard était pas si cute que ça dans le fond pis elle écoutait genre du Justin Bieber un effet narratif bâclé permettait au lecteur de se transposer à la Bibliothèque Nationale eille BANQ ça fait comme Banque j'avais jamais remarqué, nice où le même individu était installé dans un fauteuil wtf la différence entre un sofa un fauteuil pis un divan?, dans lequel, malgré un Monde Diplomatique le Journal de Montréal, Châtelaine, Elle du mois de décembre, Elle du mois de janvier, fucking Elle du mois de février, condonc, Le Devoir, L'actualité, Guns and Ammo, Guns and Ammo? Hmm étendu devant son visage, on le reconnaissait aisément à sa carrure Kalashniquoi?, à son allure KA-LA-SCHNI-KOV et à sa vêture wtf is un kalashnikov? qui n'avaient pas changé d'une miette eille je l'ai déjà vu quelque part lui depuis le début de cette histoire sa face me dit quelque chose. Brusquement, wô kèsséça un concert s'est fait entendre dans la salle de lecture. Il face de pet a essayé d'attraper son cellulaire face de crotte qui venait d'exploser face de plote en une symphonie Ô Canada crottes de chats de Wagner synthétique Terre de nos aïeux crottes de bœufs qui a dérangé tout le monde Ton front est ceint crottes de chiens juste avant qu'une femme à l'air nippon De fleurons glorieux crottes de... lui voyons c'est quoi la rime après glorieux? foutte crottes d'émeus? une crottes d'hébreux? claque crottes de siffleux? derrière crottes d'yeux? la crottes de cols-bleus? tête ah pis fuck off t'as juste à répéter bœufs pis ça fait la job. 

Clarence L'inspecteur          

mercredi 22 décembre 2010

44. COMÉDIE

ACTE PREMIER

Scène I
(Sur le quai du métro à la station Berri-Uqam direction Montmorency, un jour, vers midi)
Le premier voyageur (courant vers le wagon de queue et bousculant des voyageurs sur le quai). - Mais poussez-vous, tabarnak !
Le second voyageur (qui vient de descendre). - Mais faites un peu attention !
(Le premier voyageur saute dans le wagon)

Scène II
(Dans le wagon de queue, après le départ de la station Berri-Uqam)
Le premier voyageur (veste marron, souliers sports blancs). - M... ma cravate !
(sa cravate à vaches reste coincée dans la porte)

ACTE SECOND

Scène I
(Même décor, le métro roule)
Le premier voyageur (s'adressant à une voyageuse, furieux). - Ce n'est pas très aimable de se moquer des gens !
(La voyageuse pouffe, ses yeux vont de la cravate prisonnière aux chaussures de l'homme)

Scène II
(Station Sherbrooke, des voyageurs se préparent à descendre)
La voyageuse moqueuse (chantant à voix basse en montant le son de son ipod). - Mais il m'aime en-core... et moi je t'aime un peu plus fort...
Le premier voyageur (lui jette un regard noir en descendant à son tour)

ACTE TROISIEME

Scène I
(Bibliothèque Nationale, un homme s'adresse à une responsable)
L'homme (sa cravate est froissée et sale). - Vous avez le dernier numéro du Monde Diplomatique ?
(La responsable le lui tend et se retient de glousser en apercevant sa cravate et ses chaussures)

Scène II
(Même décor, le téléphone de l'homme émet un cri de goéland, une femme asiatique s'approche)
La femme. - C'est toi le crisse de moron qui fait brailler son cellulaire ?
(elle le claque derrière la tête)

Sébastien Haton

samedi 11 décembre 2010

43. INTERROGATOIRE

Un poing frappe une surface. Des structures métalliques s’entrechoquent. Des tissus se froissent. On retient son souffle.
Gian-Carlo: Réponds!
Le silence de Dédé est imperturbable. Les néons vibrent. Dans les moments de silence embarrassé, c’est la première chose qu’on entend. Les néons. Ça et le bruit des doigts qui pianotent sur les claviers du poste. On a soif. Ça reprend.
Gian-Carlo: C’est pas sorcier, t’es retourné à la bibliothèque…
Dédé : Ça me donne quoi de répondre?
Gian-Carlo: Des points. Combien? Ça dépend de la réponse.
Dédé : J’y suis allé pour faire un vol, tiens.
Gian-Carlo: Tu viens d’en perdre une centaine d’un coup.
Dédé : Un vol de BAnQ.
Gian-Carlo: Attends que je te cravate.
Dédé s’en fout. Il a toujours aimé faire Tilt! Il met ses running, ses running blancs, blancs comme du sucre en poudre, blancs comme la Vierge Marie, sur la table en formica verdâtre, puis détache ostensiblement sa veste marron, afin de réajuster sa cravate au nœud ratatiné. Sa copie du Monde diplomatique, pliée en deux, menace de tomber de sa poche.
Gian-Carlo: Pensais-tu qu’on ne te suivrait pas? Les filatures aux heures de pointe, se cacher dans la foule, prendre des photos, c’est l’enfance... Hé! Alors, même si tu t’es faufilé au dernier instant dans le wagon, on était là pareil. À Berri-UQAM, on était là. On les a vues les portes se refermer sur ta cravate... Ha! ha! du grand guignol... Juste à côté de la fille au ipod. Oui, celle qui a ri de ta déconvenue. Ta cravate prise dans les portes! Ç’aurait été tellement facile de t’étrangler. Il suffisait de tirer.
Dédé : Qu’attendiez-vous?
Gian-Carlo: On a tout filmé, c’est pareil. Pis, c’est pas toi qu’on veut, minus, c’est ton sponsor. Savoir qui a commandé le coup. On s’en sacre du menu fretin.
Dédé : Et si j’agissais seul?
Gian-Carlo: On veut ton boss. Pas perdre notre temps. On est sorti avec toi à Sherbrooke. On t’a suivi au carré Saint-Louis. Sur la Main. Pis Ontario. T’avais rien à faire?
Dédé : C’est mon jour de congé. Je flâne.
Gian-Carlo: Ouais. Pour crâner, tu crânes. On t’a vu redescendre vers Maisonneuve. Bifurquer vers la bibliothèque. T’asseoir. Planer. Faire semblant de lire. Pis ton cellulaire a sonné.
Dédé : J’en ai même pas!
Gian-Carlo se rassoit. Il joue au gaucher contrarié un bref instant, avant de sortir de sa poche un sac en plastique fermé hermétiquement dans lequel on discerne sans peine un téléphone cellulaire qui n’a plus rien d’intelligent.
Gian-Carlo: Tu l’aurais toujours, si tu ne l’avais pas remis à ta complice.
Dédé : Rions noir!
Gian-Carlo: T’es beau, tu sais, en crétin! C’est émouvant. Je te parle de la femme. Miss Sunshine en personne. Coréenne. Sud. Seoul. Superbe.
Dédé : J’en connais pas...
Gian-Carlo: Mais si. Fais un effort. Je peux t’aider, s’il le faut. Et cesse de ricaner!
Il se lève, fait le tour de la table et, sans prévenir, assène une claque retentissante derrière la tête de Dédé. Il en remet même deux autres.
Dédé se crispe, sa cravate tressaute.
Gian-Carlo: Ça ne te rappelle rien? Une belle claque derrière la tête assénée par une asiatique aux mains gantées? Pas de quoi pavaner, hein! Tu nous prends vraiment pour des cols de chemise. Belle diversion... Pendant qu’on regarde la claque, tu glisses discrètement le téléphone dans la poche de son manteau. De vrais magiciens. Mais c’est plus le matin, mon petit. Pis des vers comme toi, on les enfile à des hameçons. Alors, on recommence.
Dédé (silence, mais un silence moins convaincant que le premier)
Gian-Carlo: Qui voulait faire tuer Perec? La gang des Lyonnais? Le gros Raymond? Harry? Les ouvreurs de chez Little Pots? Qui? Tu vas répondre!
Un poing refrappe une surface. Un nœud se comprime. Des tissus se froissent. On en perd le souffle.

42. VULGAIRE

Dans le métro à l'heure de pointe (un vendredi soir, neuf heures et demi, c'est l'heure de pointe), station Berri-Uqam. Je revenais d'un party quelconque dans le Quartier latin, un truc thématique ayant pour ligne directrice les fifties. Moi qui m'attendais voir un paquet de filles en robe de soirée dansant sur du vieux swing... Ne plus suivre les plans foireux de Vince. Quel gros connard. Le ratio couilles/seins s'élevait à 30 pour 1. Et la seule paire de boules qu'il y avait dans tout l'appartement, justement, c'était celle du gros Vince.

Je m'étais présenté là avec une seule idée en tête: fourrer. Fourrer n'importe quoi. Une grande hippie avec une tarte au poil en guise de plotte. Une p'tite grosse avec quatre seins. Une grande attardée mentale qui se prend pour Amélie Poulin même avec ma graine dans son cul. Une laide tellement maigre que j'pourrais la fourrer entre les côtes. N'importe quoi pour me faire oublier le fait que je n'ai pas baisé depuis un mois.

Mais non.

Trente mecs et pas une seule fille.

-J'ai dit à ma sœur d'inviter toutes ses amies, mais elles ne sont pas venues! qu'il m'a lâché lorsque je lui ai demandé où se trouvaient les filles dans cette soirée-là. Mais c'est pas grave, on peut avoir du fun entre mecs!

-Sure. On va se faire des crosse-boules avec tes bourrelets. Ça va être fantastique.

-Hein?

Vince a une cervelle inversement proportionnelle à son énorme cul, ce qui me permet de lui dire tout ce qui me passe par la tête et de jouir d'une période tampon de dix secondes où je peux me sauver avant qu'il ne comprenne l'étendu de mes propos.

Mais bon. Au final, je me suis retrouvé, à neuf heures et demi, au métro Berri, avec un veston brun comme mes sels et des souliers blancs comme mon smegma. Fifties all the way, except for the chicks. Un peu plus loin sur la rampe du métro, il y avait cette pouffiasse qui n'arrêtait pas de me regarder. Une grande greluche, type St-Laurent Trendy. Elle, je ne l'aurais pas touché avec ta graine. Elle avait assez de make-up dans la face pour tuer un phoque. Je me suis instantanément demandé si elle laisserait des traces de couleur sur ma bite en cas de potentielle fellation. Répugnant. Des plans pour choper le cancer du gland. N'empêche, la greluche n'arrêtait pas de me regarder en souriant. Je crois que mon look des années cinquante lui plaisait bien. Elle devait aspirer à un retour dans le temps, à l'époque où les femmes lavaient des chaudrons et les hommes leur pétaient la rondelle.

Elle m'agaçait. Tellement que j'en avais oublié de monter dans le métro. Je m'y étais inséré juste assez rapidement pour que les portes de ne me tranchent pas en deux dans le sens de la longueur, mais ma cravate, elle, ma câlisse de cravate de marde, elle n'a pas eu cette chance. Non. Elle est demeurée coincée entre les portes. Bonheur. Je me suis mis à la tirer de toutes mes forces, mais rien à faire: c'était coincée comme dans une fille de seize ans.

Puis, j'entendis un rire aigu et interminable.

Un peu plus loin dans le wagon, la pouffiasse pleine de make-up se foutait de ma gueule.

Comme toutes ces femmes faussement bronzée qui croient avoir de la classe, elle avait un rire de fille cheap. Du genre "je-masque-ma-petitesse-derrière-trente-couches-de-far-à-paupières". Ce fut instantané. Je me suis retourné et je lui ai dit:

-Continue de rire. Lâche pas. Tu vas peut-être brûler assez de calories pour éliminer ton quintuple menton.

-Hey, woah, on se calme... t'es juste... drôle...

-M'a t'en faire moi d... uh... uh....

Je m'étais élancé vers elle en oubliant ma cravate, avec pour résultat que je suis étranglé avec celle-ci et me suis retrouvé instantanément sur le sol. La truie, elle, riait comme une truie qui rit.

Sortie ratée. Alors je suis sorti à Sherbrooke. Histoire d'aller faire un fou de moi ailleurs. J'ai suivi une grande Africaine sur cinq pâtés de maison simplement parce qu'elle se déhanchait de manière impossible. Elle est entrée à la Grande Bibliothèque. Je fis de même. Elle avait de la classe. Le genre de fille qui ne se laisse pas baiser pour baiser. Alors j'ai saisi exemplaire du Monde Diplomatique qui traînait quelque part et feignit de le lire, histoire d'avoir l'air class. Puis, alors qu'elle se pencha pour mettre un bouquin dans son sac, j'abaissai ma revue - que je tenais à l'envers anyway - et observa son cul impossible en sentant mon gland d'humecter.

C'est alors que je reçus une gifle derrière la tête.

L'effet de surprise me figea sur place. Une petite Asiatique, baisable comme une écolière, me dardait du regard. Puis, d'un pas déterminé, elle alla embrasser goulument sa copine l'Africaine au cul impossible.

vendredi 10 décembre 2010

41. AMPOULÉ

Pendant que les aiguilles du temps chatouillent les chiffres taciturnes de l'horloge au zénith de cette journée morose, un quidam hagard, le corps vêtu à la Denis Drolet et les pieds chaussés d'aveuglantes espadrilles javellisées, arriva en trombe, tel le Ben Johnson de la poudre d'escampette, et se faufila en douce à la façon de l'anguille sous roche entre les parois caoutchouteuses des portes métalliques du wagon, wagon qui dans quelques secondes s'engouffrera dans les abîmes de la métropole. C'est ce moment précis que choisit le destin, histoire de détendre l'atmosphère un brin, pour faire de ce nerveux sprinter le prisonnier des mâchoires d'acier du monstre souterrain, le retenant seulement par les quelques centimètres du sombre tissu synthétique ornant pathétiquement le col... de sa déconfiture.


Une jouvencelle mélomane, le séant posé sur une banquette de choix, savoura chaque seconde de l'acte qui se déroula sous ses yeux hilares. Étouffé d'orgueil plus que de sa fâcheuse position, le malheureux tenta bien, par la réprimande, de se refaire une prestance, mais en vain, car les piteux borborygmes s'échappant en grappes de sa bouche vineuse, vinrent alimenter les soubresauts incontrôlables de la maintenant pliée en deux demoiselle amatrice de gadgets technos. Même les mâchoires du destin se desserrèrent, et le ridicule s'échappa au galop...
La belle n'eut plus, pour se distraire, qu'à augmenter d'un mouvement du pouce tout en circonvolutions, le niveau en décibels de sa bébelle et fredonna « Ironic » de Alanis Morissette.


Quelques heures plus tard, alors que j'errais dans l'antre du savoir gardienne des traces de notre passé, je revis, de mon œil alerte et aiguisé tel l'aigle repérant le brun mulot trottinant dans les hautes herbes du haut des cimes des falaises escarpées dans le brouillard du petit matin, l'homme à la cravate chiffonnée affalé dans toutes ses aises affairé à feuilleter d'un regard absent les paroles, imprimées sur papier recyclé, des grands de ce monde. Déchirant soudain le pudique voile du silence frileux, le son bête de son téléphone intelligent hurla une musique de synthèse, reprise d'un tube niais, sans pour autant froisser le reste de son anatomie. La jaune amazone assise derrière lui le fustigea d'une magistrale claque débridée qui le frappa tel un tsunamis de mépris.

40. ALORS

Alors j'étais au métro Berri. Alors je suis monté en courant quand le métro est arrivé. Alors les portes se sont refermées. Alors ma cravate s'est prise dedans.

Alors à côté de moi, y avait cette gonzesse qui se foutait de ma gueule. Alors je me suis fâché, tu vois, mais ma cravate était encore prise entre les portes. Alors ça m'enlevait beaucoup de crédibilité. Alors je suis descendu tout de suite après à Sherbrooke.

Alors je suis retourné à la Bibliothèque Nationale pour lire Le Monde Diplomatique. Alors mon cellulaire a sonné brusquement. Alors une Asiatique sortie de nulle part m'a donné une claque derrière la tête.
Alors là, mon vieux...

39. EXCLAMATIONS

Shit! C'est bourré de monde! On pourra jamais rentrer! Excusez! Scusez! Pfiooo! Juste à temps! Man! Check le dude courrir! Pis check ses souliers! On dirait des vieux Adidas Stan Smith! Nice! Oh! Wô! Pousse pas! Watch la cravate! Oh! Trop poche! La cravate est pognée! Trop poche! Man, est vraiment crampée l'autre! C'est tellement pas subtil! Oh shit! Il m'a postillonné dans face! Yé fucking frustré! As-tu vu ça revoler? Direct dans mon oeil! C'est vraiment dég! Man, une chance qu'elle a ses écouteurs! T'imagine recevoir ça dans les oreilles! 'Sti de gros postillon dans l'oreille! Wô! Sweet! Je pense qu'elle écoute Kanye! Trop bon ce beat-là! Eille! Watch ton sac à dos toi! Ouch! 'tention! Wô! Laissez donc sortir le monde, gang d'épais! Fuck, c'est trop laid Sherbrooke! Check l'estie de murale laide! Eille! Yé parti! Yé descendu! Déjà! Man! On commençait juste à s'amuser!

Peux-tu croire ça toi! C'est lui! Là! Là dans le divan au fond! Avec un journal! Le dude à la cravate pognée de tout à l'heure! Wô! C'est fucké! C'est toujours un peu fucké de revoir le même monde! Genre à Montréal, dans une fucking grande ville! Tsé, man! Je veux dire, si j'avais pas été obligé de rapporter ma saison de Caméra Café! Oh! Watch out! Encore une gaffe! Son cell! Le dude est vraiment un peu taré je pense! Aille! Ouch! Oh! Toute une claque! Wô! Ça doit pas faire du bien! Oups! Quoi? Ok! Pas de trouble, on baisse le ton m'sieur! Désolé!

samedi 4 décembre 2010

38. MOI JE

Moé j'trouve qu'y a ben que trop de monde dans c'te métro-là: 8h00 c'est plein comme une file d'vant la caisse pour aller chercher son BS pis le souère, c't'aussi fou que si un bar de danseuses se mettait à faire des 2 pour 1 sué danse à 10! Sua ligne orange? Moé j'te l'dis, spa créyable! Du monde en veux-tu en vla! Pis tention hein, moé j'te le jure, direction Montmorency, c'est pire! Moé j'les vois: toutes les p'tites madames pis les p'tits m'sieurs qui r'partent che zeux dans leur gros bungalow à Laval. Moé j'le sais parce qu'y vienneraient pas abîmer leu chars sué nid de poule de Monréyal, ça non hein! Moé j'le sais c'qui se disent: gardez-les toutes vos nittes de volaille pis, en plus, on prend toutes vos bancs de libes dans l'métro surtout! Calvince...

Pis r'gard l'autre qui vient d'entrer en courant! Moé j'te dis, le monde qui court comme des mongols pour pogner l'métro... Moé j'leur dirais: y'en a un autre dans 5 menutes, bâtard! Pis tcheque lé: moé j'trouve ça assez laite des vestons bruns. Osti de pas de goût. Pis des suyers blancs. Bout de viarge!

Hey pis r'garde moé le tata! Moé j'en reviens pas: sa cravate est pognée dans porte du métro! Ah ben calvaire. Moé j'te l'dis: ça t'apprendra à courir comme un épa pour pogner le métro! Tcheck la fille à côté, moi j'la voué, est ben crampée. Y'a de quoi ciboire! Ah ben, yé fâché! Moé j'te dis, le monde de même... Bon, y descend icitte. Hey ben moé j'la trouve pas laite la p'tite ake son ipod qu'y'était crampée raide tantôt... Moé j'la trouve pas mal kiout quand à chante dans le vide de même...

2 heures après...

Moé j'pense que la bibliothèque, s't'un esti de place plate. Parler moins fort? Moé j'peux pas, j't'un gars ake un franc-parler pis ben, ça sort comme ça sort. Moé, j'en r'viens pas. T'as-tu vu ça s'te pognée du cul là qui me dit de parler moins fort?Moé j'trouve que c'est l'bout d'la marde. En tk... Ah ben christ! T'as-tu vu Johnné? Moé j'le vois, yé dans mon champ de vision mais tourne toué a'tête un ti-peu pis tu vas'l'vouère. Le moron ake sa cravate? Tu le voué-tu? Moé j'le vois en tk. Hey pis y lit un affaire d'intellos ake sa p'tite cravate laite pis ses suyers cleans. Moé j'trouve qu'y a l'air d'un fendant... Asti y dérange tout'l'monde ake son cellulaire! T'as l'air d'un beau moron encore, moé j'trouve!

mercredi 1 décembre 2010

37. SYNCOPES

Un msieur en veson bun et suiers bancs c'me la Verge M'ie court pour attrper son waon à la stion Bri-Uq'm. Il ente au m'ment ou les potes se rfrment, mais sa c'vate s'y cince. Une ptite fille, se bidne solidment du sp'tacle. Le msieur se met en c'lère et la serm'ne, mais il a l'air d'un cnard aec zéo créblité. Il de'end à la stion su'ante et dans le waon, la fille ch'tonne une chson qui jue dans ses éc'teurs.

Pus tard dans la j'rnée, je rma'que le msieur à cvate cincé à la b'liothèque naonale qui lit Le Mode Diplatique losque la sonrie de son tél'hone re'enti soudment. Il n'a m'me pas l'temps de réondre bjour qu'une mdame chnoise qui mahait de'ière li à ce m'ment y fut une t'loche en a'ière de la t'te.

mardi 30 novembre 2010

36. APOCOPES

Dans le wag à la stati Ber-Uqa, je remar un hom qui mon pen que ça se refer. Sa crava se pog dans les por. Une jeu fil trou l’événe très drô. L’hom est fru. Il la sermon, mais sa crava pog lui don plus l’air ca que gra. Au mom où il débar, la fil mon le volu de sa musi pen que le met conti sur la lig oran vers Montmoren.

Envi deux heu plus tard, je le recroi à la Gran Bib. Il consul une publica sérieu lors son cell son brusque. Une fem asiati, derriè lui, lui don une gif. El est déran par la sonne du cell.

35. APHÉRÈSES

Le tro à l'heure ffluente tait dé comme d'bitude. Un homme ccourut ffublé d'une ste ne et ssé d'padrilles blancs. Sa vate se ça dans le canisme des rtes se fermant. Il ra, cra, mina au lieu de la pulace du gon. À té de lui, une jeune lle s'claffa et il lut la monner mais en n'y fit: elle eût le ssus sur la dibilité du sieur. Milié, ce nier scendit à Brooke, la tion vante.

Je le sai deux heures près à la Bliothèque Tionale où il s'upait à lire un nal tellectuel de gauche. Son léphone llulaire tentit dans le tuaire turel et il se vit sservir un fflet par une darine plus lide qu'un fruit.

samedi 20 novembre 2010

34. POLYPTOTES

J'étais en crisse parce que j'avais crissement envie d'en fumer une crisse de bonne mais la crisse de patche était supposée m'envoyer de la crisse de nicotine dans le crisse de sang pis en plus y avait crissement beaucoup de monde dans le wagon pis j'étouffais pis j'avais le goût de tout crisser là quand un crisse de gros cave s'est crissé devant moi juste avant que les portes se referment sur sa crisse de cravate crissement laide pis crissement démodée pis ses yeux se crissaient l'un de l'autre pis j'y en ai quasiment crissé une derrière la tête mais y a une crisse de belle fille qui est crissement partie à rire de lui pis c'était crissement contagieux faque je me suis dit crisse calme-toi man! pis j'ai respiré profond en crisse pis c'était correct parce que le crisse d'épais est descendu tout de suite après à Sherbrooke l'esti de criss de station laide comme le crisse avec ses crisses de murs beiges pis son plafond genre mauve laite en criss pis j'avais crissement envie d'en fumer une crisse de bonne sauf que je m'en allais crissement loin dans Ahuntsic pour crisser là une crisse de folle que j'avais crissement plus envie de fourrer avec pis laisse-moi te dire que ça s'est mal passé en crisse mais c'est pas de tes crisses d'affaires pis crisse-moi patience avec tes crisses de questions connes que je m'en crisse! en tous cas j'étais crissement down quand j'ai décrissé de là pis je suis revenu au crisse de centre-ville avec les crisses d'itinérants qui se prennent pour le christ ou quoi avec leurs crisses de longues barbes toutes crottées pis je me suis crissé une deuxième patche pis j'ai crissement voulu aller à la bibli me louer un livre sur Christophe Colomb pis tous les premiers Superman avec Christopher Reeves avant de crisser mon camp sauf que man! le criss de même wack était crissement là en train de lire un criss de journal de français crissement tout effouaré dans un couch pis son cell m'a fait crisser des dents comme sorti de crissement nulle part pis juste avant que je lui en crisse une bonne derrière la tête pour de vrai y a une crisse de Koréenne toute crispée qui a crissement lu dans mes pensées parce que crisse que ça a cogné.

Clarence L'inspecteur               

jeudi 18 novembre 2010

33. ALEXANDRINS

Nous stationnons, inquiets qu'un jeune homme attristé
par la vie trop injuste ait mis fin à ses jours
sur les rails devant nous. On peut encor rentrer
à temps pour Virginie… Un paltoquet accourt,
soufflant, couinant, se tourne et se voit étranglé
par sa cravate (affreuse) arrimée entre les
portes. Il faut le voir! Quel con! Il chausse des
Stan Smith immaculés et un blouson zébré
dans les teintes de brun. Sûr qu'il est daltonien.
« Un moment d'attention… » Il se met à jurer,
moins parce qu'on stagne, ce foutu moins que rien,
que parce qu'il a tout l'air d'un dégénéré.
Le wagon s'esclaffe et, sur le siège adjacent,
une jeune fille pousse un peu trop la note.
Le zouf mue dans l'aigu (humiliation aidant)
et s'emploie tout de go à sermonner la sotte.
« Fuck you, mon criss d'épais, t'es pas vraiment crédible »,
lui répond-elle alors et tout le monde acquiesce.
Entre temps on repart et prend de la vitesse,
mais insuffisamment selon l'avis du plouc
qui maudit le sort pour sa posture risible.
Heureusement pour lui, on arrive à Sherbrooke.
Il déguerpit. La fille augmente le volume
de son iPod nano et marmonne un refrain.
Après une heure ou deux, je revois le crétin
dans la section revues. Je ne sais ce qu'il fume,
faudrait y remédier : il reçoit un appel,
comme ça, désinvolte, et discute à son aise!
On est deux ou trois gars à lui chercher querelle,
mais son cas est réglé par une Taïwanaise.

Raymond Bock

32. IMPARFAIT

C’était dans le métro, à l’heure où tout le monde se pointe ; l’insupportable heure de pointe. La ligne était orange et se dirigeait vers Montmorency. Un homme entrait en courant, dans le wagon qui était bondé, tandis que les portes se refermaient. Il portait une veste marron et ses souliers étaient d’une blancheur qui rappelait l’immaculée blancheur de Marie, du temps qu’elle était Vierge. Il se retournait pour reprendre son équilibre et sa cravate restait prise entre les portes. Une jeune fille s’asseyait sur le banc qui était à côté, et ne parvenait pas à s’empêcher de rire. Elle riait, riait, et l’homme se fâchait. Il tentait de la sermonner, mais sa cravate était toujours prisonnière des portes et lui enlevait le peu de crédibilité dont il disposait. Il descendait à Sherbrooke, tandis que le fille levait le son de son iPod et murmurait les paroles de sa chanson du bout des lèvres. Deux heures plus tard, je croisais l’homme à la cravate àa la Bibliothèque Nationale. Il lisait Le Monde Diplomatique et son téléphone sonnait avec insistance. Une femme qui était asiatique et qui passait derrière lui le frappait derrière la tête avec énergie ; c’était parfait.

31. PASSÉ SIMPLE

L'heure de pointe fut, tout comme un plouc, soudain, qui accourut. Ses souliers, sa veste, si maladroitement agencés qu'ils fussent ne rivalisèrent pas avec le caca d'oie de sa cravate. Une erreur, et qui fut aussi relevée par les portes. Une fille rit. Il couina, coincé. La jeune fille rit de plus belle, pas laide. Sherbrooke arriva, le plouc s'alla humilier autre part.

Plus tard j'entendis : « allô?» . Le même plouc s'évacha devant le Monde. Le péril jaune déferla sur lui.

mercredi 17 novembre 2010

30. PRÉSENT

Les animateurs de radio accompagnent les conducteurs automobiles dans leur véhicule et les adeptes du métro s'écrasent les membres les uns sur les autres, le temps d'un trajet sur la ligne orange. J'observe. Pénètre un autre corps essoufflé dans ce long ver souterrain. Mal fagoté, trop pressé, il glisse et la seule chose qui le retient de tomber est sa cravate, prise dans les portes. Je ris. Une fille rit franchement à son tour. Il est insulté: il rouspète, peste. Une cravate prise dans une porte de métro n'accorde aucun crédit à qui que ce soit, malheureusement. De toute façon, la musique du Ipod couvre maintenant la voix de l'homme. La fille fait même du lipsync, absorbée par les paroles. Je rigole encore.

Le hasard est une bien drôle de chose: je pénètre dans la bibliothèque et voici le même homme du métro. Qui lit un journal confortablement installé. La malchance lui court décidément après: son cellulaire sonne incroyablement fort et les gens aux alentours le regarde comme un parfait imbécile. La femme qui se trouve juste à côté de lui fronce les sourcils au-dessus de ses yeux bridés et lui balance une superbe gifle. La main est imprégnée sur sa joue.


mardi 16 novembre 2010

29. PASSÉ INDÉFINI

Je suis monté station Berri-Uqam. Ça puait, c'était bondé; j'ai dû rester debout. Coincé mais peinard, j'attendais que le wagon reparte, quand un type est arrivé en courant et s'est glissé de justesse. Il a bien fait rire la petite, assise à côté, lorsque, voulant se stabiliser, il s'est plutôt retrouvé en mauvaise posture: sa cravate, dans son empressement, s'était coincée entre les deux portes.
Il a tenté de sermonner l'ado, en la menaçant de son doigt vengeur, mais sa position burlesque a nui à sa crédibilité. Peu après, enfin libéré, il est descendu à Sherbrooke, repartant au galop et l'air honteux. La jeune fille s'est alors mise à fredonner un air que je n'ai pas reconnu. Je suis sorti un peu plus loin.
Le même jour, j'ai revu l'hurluberlu à la Bibliothèque Nationale. Il était en train de lire son journal quand la sonnerie de son portable a retenti. Se tenant tout près, une femme asiatique, visiblement embêtée par le bruit, a étendu le bras et lui a balancé une bonne claque derrière la tête.

dimanche 10 octobre 2010

28. IGNORANCE

Je sais pas, j'étais pas là. Si ça se trouve j'étais même pas né. Ça m'intéresse même pas. À quelle heure? Je prends jamais le métro à cette heure-là. Un dude avec une cravate? Il y en a plein, comment tu veux que je  le sache? En train de courir? Tout le monde court tout le temps, c'est connu, t'as pas lu EAT, PRAY, LOVE? Coincée dans les portes? Sa cravate? Peut-être que oui, peut-être que non, je m'en fous. En tous cas faut être cave. La fille a ri de lui? Ben, duh. J'aurais ri moi avec. Je veux dire faut être cave. Engueulé? Il l'a engueulé? Pis après ça on se demande pourquoi les gens sont stressés. Fuck. Sherbrooke? Ben, c'est là station d'après. Peut-être qu'il allait à l'ITHQ. Ou ben sur Prince-Arthur. Peut-être qu'il allait manger dans un resto cheap sur Prince-Arthur. Qu'est-ce t'en sais? Moi je m'en crisse en tous cas. Ça me regarde pas. Quoi? À la Bibli? Le même dude? Pfff. Moi j'y vais juste pour les films pis la musique au quatrième. What the fuck is Le Monde diplomatique? C'est le journal de ta mère? Son cell? Ah, ouin? La Walkyquoi? C'est quoi ça, genre du classique? Ah, genre la toune dans Apocalypse Now? Pis comment tu sais qu'elle était japonaise? Y en a genre trois, des Japonais, à Montréal. Tous les sushis que tu manges, sont faits par des Coréens, ou des Grecs, si ça se trouve. Toute façon je m'en crisse, elle a bien fait. J'étais même pas là, mais moi avec j'y aurais crissé une taloche.

Clarence L'inspecteur   

27. INSISTANCE

Il n’y a pas très longtemps, j’ai été témoin d’événements tout à fait comiques à la station Berri-Uqam, à l’heure de pointe. J’étais dans le métro, sur la ligne orange en direction Montmorency —c’était il y a trois jours—, quand un homme est entré en courant dans le wagon à l’instant où les portes se fermaient. Dans le métro, sur le banc où je me trouvais, j’avais la perspective idéale pour voir cet homme entrer in extremis, au moment même où la bouche du wagon se fermait. Ces portes se sont refermées sur sa cravate, tandis qu’il tentait de reprendre son équilibre après le sprint grandiose qu’il venait d’effectuer. Il était tout en sueur dans son complet marron qui détonnait avec ses souliers blancs. Il avait beaucoup couru et aurait sans doute aimé utiliser sa cravate pour éponger la sueur qui perlait sur son front, mais elle était prisonnière de la porte. Alors que nous quittions la station Berri-Uqam en direction de Montmorency, une jeune fille n’a pu s’empêcher de pouffer de rire. Cette fille, qui était la jeunesse incarnée, assise sur un banc, riait et riait encore. Elle montrait de belles dents, blanches comme les souliers du Monsieur dont la cravate était prise entre deux portes. Celui-ci tenta de la sermonner, essoufflé par la course qu’il avait effectuée pour embarquer dans le wagon, mais sa cravate coincée lui enlevait toute crédibilité. Il tenta tant bien que mal de lui adresser quelques reproches, à cette belle jeunesse qui riait en affichant une dentition impeccable, mais le ridicule de la situation empêcha le Monsieur d’impressionner la demoiselle. Elle s’esclaffait devant cet individu risible dans sa veste marron, dont la cravate faisait de lui un esclave, quand nous sommes arrivés à la station Sherbrooke. Cette station, faut-il le rappeler, est celle qui succède à Berri-Uqam lorsqu’on se dirige en direction Montmorency, ce que nous faisions au moment où ces événements ont eu lieu. L’homme est finalement descendu, comme nous étions à la station Sherbrooke, voisine de Berri-Uqam, tandis que la jeune fille ricaneuse éleva le son de son iPod en murmurant les paroles d’une chanson, du bout de ses lèvres qui cachaient maintenant ses belles dents, qu’elle montrait pourtant quelques instants plus tôt tandis que le Monsieur s’évertuait à lui servir quelques remontrances en gardant bonne contenance. C’est donc en écoutant une chanson qu’elle connaissait visiblement par coeur qu’elle regarda l’homme descendre à la station Sherbrooke, en susurrant un peu les paroles afin de contenir son rire.
Deux heures après cette scène comique où la cravate d’un passager est restée prise dans les portes du wagon à la station Berri-Uqam, il arriva l’improbable : je rencontrai à nouveau ledit Monsieur, à la Bibliothèque Nationale. Il portait toujours sa veste marron, et sa cravate était fripée, rappelant la morsure qu’elle s’était faite infligée par les portes du wagon. J’ai croisé par hasard le Monsieur, à la Bibliothèque Nationale, tandis qu’il lisait Le Monde Diplomatique. Cet homme, qui avait été humilié quelques heures plus tôt dans le métro entre la station Berri-Uqam et la station Sherbrooke et qui avait été la proie des rires irrespectueux d’une femme jeune comme le printemps, était maintenant affairé à lire tranquillement Le Monde Diplomatique, comme s’il ne s’était rien passé. Mais le malchanceux, qui parcourait d’un oeil distrait un journal plutôt épais, n’était pas au bout de ses peines ! En effet, au moment où il suçait son index et s’apprêtait à retourner la page du journal qui l’occupait, son téléphone cellulaire sonna brusquement. La sonnerie retentit avec force, et celui-ci prit tout de même le temps de tourner la page avant de porter la main vers la poche intérieure de sa veste. Au même moment, une femme asiatique qui passait par là, visiblement choquée par le manque de savoir-vivre du Monsieur dont le téléphone sonnait, lui asséna une claque derrière la tête et poursuivis son chemin. C’est dire qu’à l’instant où le pauvre Monsieur s’apprêtait à répondre à ce coup de fil, il reçut un autre coup, beaucoup plus violent celui-là, par une femme asiatique visiblement expérimentée en la matière, et qui plus est, radicalement impatiente à l’endroit des gens qui agissent comme s’ils étaient rois et maîtres du monde.

mardi 5 octobre 2010

26. ANALYSE LOGIQUE

Station Berri-UQAM.
Train ligne orange.
Berri-UQAM, ligne orange, métro, Montréal, Québec, Canada, Terre. C’est le lieu.
Jour.
Heure de pointe.                              
Heure de pointe, matin ou fin d’après-midi, en semaine, 21e siècle. C’est le temps.
Individu.
Entrée. Wagon. Précipitation.
L’entrée précipitée d’un individu dans un wagon. C’est l’action.
Homme.
Cravate. Veste marron. Souliers sport d’un blanc immaculé.
Un type sans envergure qui a tendance à se vêtir comme un clown. C’est le personnage principal.
Portes ouvertes.
Portes fermées.
La fermeture des portes sur la cravate. C’est le résultat.
Fille.
Hilare. Ipod.
Une personne de la génération montante, c’est-à-dire post-z, habile du bidule mais non du subtil. C’est le personnage second.
Sermon. Crédibilité.
Volume.
Incompréhension interpersonnelle, intergénérationnelle, intersexuelle. C’est le constat.
Moi.
Moi.
Moi. C’est le tiers personnage. Narrateur.
Deux heures plus tard.
Bibliothèque nationale.
Femme.
Asiatique.
Une furie parmi les plus hardies, c’est-à-dire génération x, prodigue de remontrances. C’est le quart personnage.
Un téléphone.
Une claque.
Des sons. C’est ce qui a sonné.
Conclusion logique.

Sébastien Roldan

25. ONOMATOPÉES

À cette heure où tout le monde se pointe, un métro, Station Berri-Uqam, ralentit, teuf-teuuf... teuuuf-teuuuuf, et s'arrête, euf. Les portes s'ouvrent, pschiou, un arriviste se précipite, tagada-tagada-tagada, porté par ses sabots blancs tels le cul de Marie (je vous salue, Marie pleine de grâces). Les portes se clapent, le voilà tout surpris, eeeh ?! La cravate en mauvaise position, l'ambitieux essaie de se redresser, han! iiiaaarrrr! Peine perdue, il s'étrangle, argggl. La scène se répète, et han! iiiaaarrr!, et argggl. Une jeune fille tout près ne peut retenir son rihihihire ! Grognon, ROAR, l'homme tente de la sermonner, tss tss tss, mais sa posture ridicule l'indispose, ARGH. Arrive enfin la prochaine station, teuf-teuuf, teuuuf-teuuuuf, les portes s'ouvrent, pschiou, ouf. Il s'éloigne, clap-clap, clap-clap, clap-clap, et la fille, calmée, se met à chantonner, mmm mmm not perfect, but I keep trying...

Passé deux heures, dong-dong, dong-dong, je l'aperçois à la Bibliothèque Nationale, lisant son journal. Je le vois sursauter, boing-boing, quand, de sa poche, retentit un air épique. Une asiatique, passant par là, étend le bras,

et BANG.

24. PRIÈRE D'INSÉRER

Nous étions dans le ______ quand un _______ accourut. Il _______ des _______ blancs et une _______ marron. Quelle ne fut pas sa surprise quand il se prit la _______ dans les _______. Une jeune femme en fut toute _______. Il voulut la _______, mais il lui manquait quelque chose. Heureusement, il put _______ dès que possible.
Plus tard, je revis le _______ à la _______. Il regardait avec toute son attention une _______, quand soudain son _______ retentit. Une _______ qui passait par là le _______ sur la _______.
 
 

lundi 4 octobre 2010

23. LETTRE OFFICIELLE

Cher Monsieur Q.,

La présente a pour but de vous informer que, malheureusement, votre manuscrit ne sera pas retenu à des fins de publication par notre maison d'édition. Tel que vous l'avez demandé et dans votre volonté d'obtenir, et je vous cite: "des critiques à vif et qui vont droit au but", je me suis permis ces quelques commentaires qui suivent. Je crois que ces notes vous aideront grandement:

En effet, votre texte débute très étrangement. On n'a pas idée de situer une histoire dans un métro, c'est trop banal et familier pour le public. Et cet homme qui entre en courant, que lui arrive-t-il pour qu'il coure ainsi? Vous devriez insérer du mystère, du suspense! Que dire de cet habillement? Cette veste marron semble plutôt vieillotte, on a même l'impression qu'elle est défraîchie. Pire! qu'elle sent les boulamites. Il faut qu'on vous donne envie de vous attacher au personnage, de le trouver charmant. Cet homme est trop banal. Et la cravate qui se prend dans les portes du métro: vous avez décidément envie d'y aller de cliché en cliché? De l'imagination, que diable! de l'originalité! Pensez à ces pauvres lecteurs avides de sensations fortes, de passions déchirantes. Les mésaventures de ce pauvre type malchanceux sont trop terre à terre.

Le personnage de la jeune fille aurait pu être intéressant: une potentielle amoureuse, une alliée dans l'événement extraordinaire qui survient dans ce banal métro - si vous tenez à l'utiliser. Mais elle ne sert qu'à rendre encore plus pitoyable cet homme qui, ma foi, n'a déjà pas grand-chose pour lui avec sa veste brune élimée, ses souliers blancs comme neige et sa cravate: un style vestimentaire des plus douteux si vous voulez mon avis. Et vous soulignez un point important en utilisant le mot: crédibilité. Ce personnage masculin n'en a pas, vous avez visé dans le mile de ce côté! Et cette fille qui revient, l'ignorant de plus belle en murmurant une chanson sans plus se préoccuper de lui; voilà ce que vos lecteurs feront aussi si vous ne donnez pas plus de corps à ce personnage!

Le même homme, encore? Décidément, il vous passionne ce petit monsieur brun. Et la tentative de nous le rendre intéressant en lisant Le monde diplomatique est mignonne, mais nullement nécessaire puisque vous renfoncez le clou en le faisant passer pour un réel abruti avec son cellulaire qui dérange la bibliothèque entière. Et la claque! Une bonne idée, vraiment! Un retournement de situation, absolument! Une réaction passionnelle, oui! Mais pour un simple cellulaire qui sonne? Grand Dieu que vous voyez petit...

Enfin, toujours est-il que votre style d'écriture n'est pas inintéressant, mais que vos idées ont bien besoin d'être brassées. Si vous souhaitez publier chez nous, vous devez y mettre du piquant, du mystère, de l'imprévu!

Voilà donc ce que nous pensons de votre manuscrit.

En espérant que cela vous aide dans vos futures démarches de publication.

Bien à vous,

Roland BelAmi
Éditeur Romance & Co.

dimanche 3 octobre 2010

22. HOMÉOTÉLEUTES

En heure d'affluence où règne la somnolence s'avance un homme d'influence qui pense intense à ses finances. Jouant d'imprudence, il lance sa panse, s'élance et se dépense. Mais la malchance se fiance avec son arrogance. Sans éloquence il souhaite sa délivrance. Devant l'évidence, il panse son incompétence.
D'un œil rance, il constate l'insolence d'une jeune semence en pleine croissance.         
Il entre en transe. Sa jactance n'encense ni l'enfance ni l'adolescence, mais navigue entre l'indifférence et la dormance. Il opte pour la clémence et la prestance, c'est tendance, s'arme de patience et se relance en une danse dès la fin de l'engeance. Il tire sa révérence.
En toute indolence, la jouvence en puissance joue d'ascendance et augmente la dissonance de son premier sens, lèvres en mouvance.
Plus tard dans la séquence, dans l'omnipotence et la magnificence de la Gouvernance, l'immense impertinence de cet homme sans décence, son cellulaire en l'occurrence, prouve son inintelligence. Il lit un journal de France sans nuance quand une résonance toute en stridence s'exclame d'urgence. Quelle négligence! Une de mes accointances en instance d'immigrance lui balance séance tenance une protubérance sur la faïence.

Clarence L'inspecteur                       

mardi 28 septembre 2010

21. DISTINGUO

Dans le métro à l’heure de pointe (et non pas "je me mets trop à l’heure de pointe"). Station Berri-Uqam (qu’il ne faut pas confondre avec Barry le Clam). Ligne orange, direction Montmorency (et non Lyne arrange l’érection de Monsieur Rancy). Un jeune homme entre en courant dans le wagon (à ne pas confondre avec Usain Bolt) juste au moment où les portes se referment (et non du froment de mortes à la crème [sic]). Il porte une veste marron (et non une sorte de peste cette Marion) et des souliers sports (éviter d’entendre ici «saoul hier, comme un porc») blancs comme la Vierge Marie (s.v.p NE PAS LIRE Bang j’la dévierge Marie).
En se retournant pour reprendre son équilibre (et non Anse se retournant pour répandre son liquide), sa cravate se prend entre les portes (non pas sa cravache s’éprend d’un ventre qui lui importe). Une jeune fille assise sur le banc (qui n’est pas un jeûne qui vise le néant), ne peut s’empêcher de pouffer de rire (et non pas Lépreux en pêches et poux faits pour frire). L’homme se fâche (bien que ça ressemble à «L’heaume se gâche»). Il tente de la sermonner (et non l’île en pente du serf aumônier), mais sa cravate prisonnière des portes (et non sa grave hâte buissonnière l’emporte) lui enlève toute crédibilité (et non Lee-An lève tout crédit du Bill itéré). Il descend à Sherbrooke (et non pas il descend un cerf qui broute) et la fille lève le son de son ipod en murmurant les paroles de sa chanson du bout des lèvres (et non le fil du glève, leçon de son code, emmure les paraboles de Sacha, fiston debout et mièvre).
Deux heures plus tard (et non peu de heurts, bâtard), je croise l’homme à la cravate (et non je toise comme «à la primate») à la Bibliothèque Nationale (qui n’est pas Bibi l’Aztèque à la ration pâle). Il est en train de lire le Monde Diplomatique (et non il est enclin à élire l’immonde deep-o-matik) et son téléphone cellulaire (et non tsé c’est l’fun les selles à l’air) sonne brusquement (et non comme Bruce qui ment). Une femme asiatique (qui n’est pas une dame sympathique) qui passait derrière lui à cet instant précis (et non Kirpa cédé hier qui luit, ascète du temps précuit) lui donne une claque derrière la tête (qu’il faut éviter de confondre avec l’idoine d’une flaque sur le derrière d’une bête).

lundi 27 septembre 2010

20. ANAGRAMMES

Dans le gonwa du tomré à l'euher de teponi, un momeh tuvê d'une sevte rarmon et de lousiers scanbl es conice la vacrate dans sel orteps.
Ce iuq fait irer une neuje lefil.
Le momeh, inguédi, tevu la moserner, mias cidéde tôlput ed sedcenrde à Brekshoor.
La neuje lefil tomen laors el nos ed nos dopi.
Xeud surehes sulp drat ej el secrio à al Lilbitécoh Tianalone. Nos nophelété nosne subqrement et nue Taisaique iul noden nue peta riderère al tetê.

Clarence L'inspecteur     

dimanche 26 septembre 2010

19. ANIMISME

La mâchoire se ferma et ma cravate resta prise entre ses dents. Je n’osais pas regarder autour de moi, par crainte d’apercevoir d’autres personnes en train de se faire digérer. J’entendais leurs plaintes, et j’imaginais l'horreur de leurs corps s’agglutiner entre eux. Puis, les plaintes se transformèrent en rires. Quelqu’un se moquait de moi.

Je voulus me retourner fermement mais, ma cravate étant coincée, elle m’étrangla et m’envoya dans les airs. Je fis volte-face dans un mouvement peu éloquent. La mâchoire s’ouvrit à nouveau et je fus recraché.

Je me mis à compter les vertèbres d’asphalte qui menèrent jusqu'à un bâtiment vitré. Un barbu inconnu m’offrit une cigarette. Je lui dis qu’il y a des oursins qui me chatouillent les intestins. Perplexe, il regarda mes yeux comme à travers un œil de bœuf, cherchant ce qui se trouve de l’autre côté. Il n’y aperçut qu’un vague reflet de la Vierge Marie. Il comprit que plus rien n’allait, que j'avais perdu contact avec le monde...

Au loin, un journal se déroba des mains de sa maîtresse. Il gambada vers moi et se glissa entre mes doigts. Sa propriétaire, prise de jalousie, se leva d’un pas brusque et me gifla derrière la tête. Le geste fut si violent qu’il déclencha la sonnerie de mon téléphone cellulaire. Je répondis. C’était le barbu qui me demandait où j’ai trouvé un si beau veston marron. J’étais désemparé.

18. NÉGATIVITÉS

J'ai jamais parlé de l'autobus, ni du train, j'ai parlé du métro. J'ai jamais dit que c'était à Henri-Bourassa, ni à Longueuil, j'ai dit que c'était à Berri-UQAM. J'ai jamais spécifié le matin, ni la nuit, j'ai spécifié l'heure de pointe. J'ai jamais mentionné de chien, ni de femme, j'ai mentionné un homme. J'ai jamais décrit de lunettes, ni de pantalons, j'ai décrit une cravate. J'ai jamais employé "froissée", ni "guindée", j'ai employé "coincée". J'ai jamais insisté sur une vieille, ni sur une folle, j'ai insisté sur une ado. J'ai jamais imité de grognement, ni de hurlement, j'ai imité un rire. J'ai jamais glosé sur un iphone, ni sur un ipad, j'ai glosé sur un ipod. J'ai jamais suggéré la station Mont-Royal, ni la station Laurier, j'ai suggéré la station Sherbrooke. J'ai jamais insinué qu'une heure plus tard dans les Maritimes, ni que six heures plus tard en Europe, j'ai insinué que deux heures plus tard à la BNQ. J'ai jamais inclus le New Yorker, ni le Elle Québec, j'ai inclus le Monde diplomatique. J'ai jamais parodié un ronflement, ni une crise d'épilepsie, j'ai parodié une sonnerie de cellulaire. J'ai jamais évoqué une Perse, ni une Gaspésienne, j'ai évoqué une Asiatique. J'ai jamais mimé une pirouette, ni une arabesque, j'ai mimé une taloche.

Clarence L'inspecteur   

vendredi 24 septembre 2010

17. COMPOSITION DE MOTS

Nous sardinions heuredepointement direction norduscule lorsquand horizontala de manière fulgurissime vers nouzôtre un infrabeau qui arborisait des chausses-blanches et une vesbrune, et qui fut antimouvé par les coutilles, lesquelles recouinèrent sa craviarte couleur saumonarde, cubeclanchant l'hilardement. Une femmelarde d'âge immur fut enrigolée plus que les autres lividasses. Il tenta de l'engermonner mais elle le dissa, embeyoncée. Il sherbrooka de suite.

Temporativement translaté, je le revue à la biblionale: il regardoeillait mon diple-o-matic quand son plaisiràdistance tentit, et de nouveau. Une nazie-à-tiques le paumocciputa.

16. RÉCIT

Un jour, station Berri-UQAM, en pleine heure de pointe, j’aperçus un individu se précipiter vers le train de la ligne orange en partance vers Montmorency, tandis que le mécanisme de fermeture des portes se déclenchait. Il s’engouffra de justesse dans le wagon bondé; sa veste marron et ses chaussures sport d’un blanc virginal aussi, mais non sa cravate, qui, quand il se retourna pour ne pas perdre pied, se coinça entre les battants.
Pouffant de rire, une ingénue détourna l’attention du personnage et reçut une ribambelle d’invectives décousues, étranglées à la fois par la cravate et par l’insulte. Enfin libéré métro Sherbrooke, l’homme tout froissé respira et sortit; mais le regard féroce qu’il adressa à la fille fut perdu, car elle s’absorbait à régler le volume de son ipod et à susurrer les paroles d’une chanson.
Deux heures plus tard, je le revis à la Bibliothèque nationale, apaisé, attentif à sa lecture du Monde diplomatique, lorsque son téléphone vibra et sonna à tout rompre. Dans le tumulte immédiat, une Asiatique qui passait par là lui envoya une claque derrière la tête.

Sébastien Roldan

jeudi 23 septembre 2010

15. AUTRE SUBJECTIVITÉ

Caro pis moi on tchékait la bizoune à Alex sur les photos de son Flickr à son chalet pis y en a une qu'on voit full dans son costume de bain pis là Zazie est arrivée faque j'y ai raconté comment j'avais sluggé un dude gossant devant tout le monde à la Bibli juste pour le kick parce que Caro m'avait donné un dare pis c'était malade parce qu'a m'a dit fuck j'pense que c'est le même cave que j'ai vu tal'heure à Berri y avait-tu une cravate genre verte? pis j'ai dit ouin verte dégueu comme genre ça pis j'ai pointé le costume de bain à Alex sur la photo sur son Flickr pis Zazie a dit ouin ça ressemble à ce vert là eille! fuck on voit sa graine! pis là Caro pis moi on est parties à rire genre allo pourquoi tu penses qu'on regarde des photos d'Alex à part pour voir sa graine? faque Zazie a comme essayé de nous expliquer que le cave de la Bibli pis du métro s'était genre pogné la cravate dans les portes criss tu peux-tu être plus cave que ça? mais elle était full déconcentrée parce que j'pense qu'elle a un kick sur Alex, j'veux dire, man, Alex y a fait une playlist sur son ipod avec full tounes de Avenged Sevenfold pis fouille moi genre du Beyoncé pis elle arrête pas de l'écouter pis avant elle haïssait ça Avenged Sevenfold.

Fucked up.

Clarence L'inspecteur

14. LE CÔTÉ SUBJECTIF

J'étais dans le métro, genre, pis là tout le monde se tassait parce que c'était l'heure de pointe. Au moins j'avais un banc, mais j'avais la queue d'un vieux dégueux drette dans face. Trop ouache. Anyway j'étais super contente parce que je sortais du Garage avec une méga camisole trop nice à bretelles spaghetti. Presque aussi sex que Caro, mais elle, est tellement full cash qu'à s'habille chez H&M, la bitch. Ça fait qu'un laid rentre en courant avec ses snicks blancs pis son coat brun marde, trop pas matchés avec sa cravate verte. Pas de goût de même, je vomis! Le pire, c'est qu'y s'a pogne dins portes! Le cave. Je riais full, genre, ben comme tout le monde, là, mais c'est moi qui se met à engueuler. Man, y était trop pas crédible, la face étampée dans vitre. Fuck you. Beyoncé, au secours! Y est descendu à l'autre.

Pis là le soir même, je rencontre Anh-Ming chez Caro, a me raconte:

«Heille, Zazie, trop drôle! J'étais à bibli nationale à 6 heures, pis là y avait un laid avec une cravate verte dins revues qui avait pas fermé son cellulaire. Ça a sonné pis je l'ai sloggué devant tout le monde!»

Malade.

Raymond Bock

13. PRÉCISIONS

Je suis entré dans le métro, cet endroit chauffé hyper naturellement l'hiver venu, « hyper naturellement » puisque dans les grands grillages sur les bords des rails, juste devant les bancs, on y empile des mexicains, hommes et femmes, de races humaines, environ une centaine, et qu'on souffle l'air de la chaleur qu'ils produisent sur les autres humains qui veulent prendre le métro chauffé hyper naturellement l'hiver venu. J'ai hésité un peu, même si hésiter n'est pas dans mes habitudes, monter dans le wagon ou attendre le prochain, changer de ligne, ou aborder cette fille, tellement laide ou tellement belle, difficile à dire, mais j'ai dit que je n'hésitais pas alors je suis monté en direction Montmorency, station bâtie tout récemment, quoi que pas tant que ça, le temps passe trop vite. Je me sentais invincible avec ce blazer que j'avais acheté dans le sous-sol de l'église près de chez Tante Bénénice pour me déguiser en Passe-Montagne à l'Halloween il y a trois ou quatre ans (le temps passe trop vite), mais quelle surprise j'ai eu, même si être surpris n'est pas dans mes habitudes non plus, lorsque la longue cravate que je portais s'est coincée entre les deux portes du métro puisque je n'avais pas entendu le « toudoudou », mais bien le son d'une vache comme celui qu'émettait ma ferme Fisher Price, je croyais alors rêver, mais rêver n'est pas dans mes habitudes alors les portes se sont fermées sur moi. Cela m'a rendu nul autre que démoniaque, « comme la rage dans une cage » dirait mon artiste fétiche, parce que ma cravate en était une de collection, un motif rare, rare, rare, et j'aperçu cette même fille, belle ou laide, qui pouffa d'un rire se rapprochant de celui d'un porcelet qu'on égorge, la truie, j'ai fait mine de ne rien entendre. J'ai décollé ma main droite du poteau visqueux, puis la gauche, pour ensuite faire quelques pas et sortir à Sherbrooke (la station de métro et non la ville), je vis cette cochonne qui articula en silence les paroles d'une chanson que j'ai automatiquement deviné être Cavalière des B.B., impossible de me tromper là-dessus, j'avais participé à l'émission Slash avec Patrick Huneault (maintenant assistant réalisateur en salle de casting) sur les ondes de Canal Famille, puis à Fa si la chanter, jeu questionnaire animé par l'interprète de cette même chanson que la fille laide chantait du bout de ses lèvres gercées, il était temps que je sorte, j'allais vomir. Je n'ai rien vomi, mais ai laissé échapper ce léger rot me rappelant les raviolis Chef Boyardee ingérés quelques heures plus tôt accompagnés d'une tranche de pain blanc avec de la margarine jaune (il ne restait plus de beurre, ni rien d'autre d'ailleurs), puis suis allé m'installer au bordel des intellectuels, la bibliothèque, avec le livre que m'avait offert celle qui m'avait laissé la veille d'avant, une copine devenue ex que quelques personnes pourraient qualifier de chinoise mais qui était en fait laotienne, ultra sexuelle mais surtout, trop intelligente pour moi, alors voilà, elle était partie en claquant les pieds et en me blessant la tête, « la tête » dans tous les sens du terme, physique et psychotique, propre et défiguré, alors voilà, j'allais tenir ouvert ce livre impossible pour avoir l'impression de signifier, d'être, de devenir; j'allais tenir ouvert ce livre impossible pour me donner une contenance un tout petit, petit, petit instant.

Mélanie Jannard

12. HÉSITATIONS

Berri-Uqam et une grande marée qui suit son point de fuite vers mille lieux précis, autant de rendez-vous aléatoires et de choix bénins. Pas pour moi. Même la plus petite décision pourrait sceller mon destin, laisser une marque permanente et indélébile.

Comme le choix de cette cravate fripée qui me noue la gorge et me tire vers l'angoisse. Vers la panique. Vers les portes qui se referment et m'étranglent. À force de vivre immobile, on se coince le cul dans toutes les portes qui se referment. Aller à droite. Plus proche encore de la tristesse. Vers la gauche, la frontière de l'infini à découper en mille morceaux. Choisir 1 égal toujours -1000. Pourquoi pas la rouge. Trop criard pour se fondre dans la masse qui trace. Pourquoi pas vert. Pour peut-être espérer trouver mon chemin. Ou gris. Neutre. Ni trop à droite, ni trop à gauche. Implication nulle. Le No man land de l'affirmation. Regarder le sol. Toujours. Laisser passer la foule. Vouloir ramper pour ne pas déranger. Pour ne pas s'imposer. Avoir l'air vide et si fatigué. Être si fatigué de n'aller nul part…

Une jeune asiatique too cool too fonction avec son MP3 à paillettes pas d'écouteurs se moque de ma tronche. Hello Kitty vomit des éclats métalliques qui écorchent les tympans et font chier le peuple. Ça gratte de l'intérieur. Ça pique les oreilles. Ça chauffe les yeux. un tic, deux tics, trois tics, passer un main dans mes cheveux, serrer la mâchoire, cligner de l'oeil à répétition, sentir le sang battre dans mes temples et fuir vers le sol.

Prendre délicatement l'objet de mes souffrances dans un sourire. Le retourner entre mes mains moites. Céder à l'hystérie. Le crisser au bout de mes bras. L'éclater sur le linoléum pour que brillent ses entrailles à travers les derniers rayons verts des néons. Les portes s'ouvrent. Je sors. Libération…Et puis non. Un soupir de travers, une seconde de trop et surtout, ne rien désaxer dans l'univers. Station Sherbrooke. Je prends la porte, la fuite, point.

Lire la vie des autres dans la Bibliothèque Nationale plutôt que de choisir ma propre ligne directrice. Répit. Entre le point A et ce soir, trop de possibles, pas assez de certitudes. Angoisse. Avenir multi directionnel, je t'emmerde. Demain immobile, fragile. Pourtant, tout ça semble si facile pour les autres. Vivre tranquille, enligner les choix, enfiler le temps vers en avant.

Sonnerie de style synthé beat box à deux balles derrière moi. Voix de craie. Forte, aiguë, désagréable comme le cri de mille mouettes aphones. Et la terre qui se remet à tourner carré. Ça gratte de l'intérieur. Ça pique les oreilles. Ça chauffe les yeux. un tic, deux tics, trois tics, passer un main dans mes cheveux, serrer la mâchoire, cligner de l'oeil à répétition, sentir le sang battre dans mes temples et fuire vers le sol.

Me lever doucement. Contourner la table. Un pas en arrière. Un élan en avant et lui foutre une claque derrière la tête à cette conne. Facile de même...Et puis non. Un soupir de travers, une seconde de trop et surtout, ne rien désaxer dans l'univers. Prendre la porte. Effacer un peu plus les tangentes dans les lignes de ma main et encore, tracer vers le point de fuite.

lundi 20 septembre 2010

11. LOGO-RALLYE

(Avec les mots: castagnettes, fourneau, sobriquet, calepin, soumission et rapport d'impôt)

La vibration de l'écran d'Alstom Télécité ajoutait une couleur latine au voyage. Un écrou devait être tombé de sa vis dans le boîtier. J'entendais spontanément les premières notes des Sketches of Spain, agrémentées de castagnettes bien réelles: La poésie prenait le Métro. À plus forte raison, on se croyait bel et bien en Espagne, entre Berri-UQAM et Sherbrooke. Les gens suaient en communauté, cuisaient sous le souffle du fourneau qu'on essayait de faire passer pour un système de ventilation.

N'eût été d'un pauvre plouc - sobriquet qui en dit long sur les sons qui nous viennent en tête quand notre dos est une paroi de grotte suintante de sueur - sans ce plouc, donc, dont la cravate étaient restée prise entre deux portes, je n'aurais probablement rien noté d'autre dans mon calepin. Il était entré et sorti avec le même empressement, mû par l'urgence de telle soumission ou de tel contrat qui devait atterrir entre les mains de tel directeur de telle firme de consultation. Ou peut-être était-ce le rire d'une jeune fille qui l'avait fait quitter le wagon en flèche à la station Sherbrooke.

Deux heures plus tard, à la Grande Bibliothèque, je revis le même plouc se faire frapper derrière la tête parce qu'il parlait trop fort dans son cellulaire: il racontait à un ami une histoire de rapport d'impôt erroné, de factures inventées et de biens saisis, tout en se servant d'un exemplaire du Monde diplomatique comme éventail.

William S. Messier

dimanche 19 septembre 2010

10. L'ARC-EN-CIEL

À Montréal, station Berri-Uqam, un homme enjambe une flaque tirant sur le pourpre puis titube, distraitement, à l’intérieur du métro. Insouciant, il retrouve son équilibre, laissant sa cravate indigo se coincer lors de la fermeture des portes. Surpris, il tire sur son embarras jusqu’à ce que ses mains virent au bleu. Vert de honte, il balaie les alentours du regard pour surprendre l’air moqueur d’une jolie jeune fille. Il rit jaune.

Station Sherbrooke, ligne orange, voyant la moquerie qui persiste, l’homme envoi un regard assassin en direction de la jeune fille et devient rouge de colère. Jeune fille ignore, musique aidante.

Deux heures plus tard, l’homme se pose à la bibliothèque et puis plus rien, couleur aléatoire.

Stéphane

9. SYNCHISES

C’était certes un moment chargé, il y avait en si peu d’espace tant de gens, de tensions mal contenues, d’odeurs (car d’aucuns devront admettre qu’il règne toujours, à l’heure de pointe du soir, une vague senteur de pet, d’haleines de café-muffin et de sueur qui perce l’insuffisante couche de désodorisant dont les passagers du métro se sont enduit le matin et qu’ils n’ont pas renouvelée de la journée – et admettre aussi que s’ils étaient des terroristes, ils choisiraient cette heure de pointe du soir et non celle du matin pour faire sauter leur bombe, car en raison de la fatigue que tout le monde supporte en rentrant du boulot surviendrait une panique beaucoup plus rigolote qu’au matin, quand tous sont guillerets et prêts à passer un nouveau huit heures devant un écran et peuvent par conséquent jouer les héros ou fuir plus efficacement), et tous n’avaient pas, station Berri-UQAM, ligne orange, direction Montmorency, la même attitude résignée quant à l’espace qu’ils avaient la possibilité d’occuper parmi les sardines (il y a aussi, à l’occasion, dans le métro, une odeur de poisson, vous l’aurez remarqué).

Entra un homme (assez petit mais dans la moyenne, la basse moyenne, mais bon, il n’était pas nain, dirons-nous à sa décharge) à la course (et c’était une course leste et agile, puisqu’il portait des souliers de sport, et de surcroît fort élégante en raison de sa veste marron de belle coupe qui seyait parfaitement sa voussure râblée, laquelle aurait été désavantagée par une gaminet ou un col roulé ; c’eut été pire avec une couleur vive, inutile de l’ajouter), si bien qu’à l’instant j’imaginai, je ne sais pourquoi, la course de la Vierge Marie parmi la foule, implorante, leste et agile malgré la douleur, vers son fils sacrifié sur la croix. Ensuite j’imaginai la Vierge jouant au tennis avec des Stan Smith et j’en fus troublé, mais je n’eus cette vision qu’une seconde, car en se retournant pour reprendre son équilibre, l’homme à la veste marron fut coincé dans les portes par la cravate (ce qui remplaça ma vision du tennis par une réflexion à propos de combien l’histoire du monde aurait été différente si Jésus avait non pas été crucifié mais pendu – les crucifix sur les murs, partout, serait remplacés par des petites potences, les gens porteraient des pendentifs en forme de nœuds coulants, les chapelets ne seraient pas des colliers, par crainte de suicides par émulation, mais des bâtonnets encastrés de billes), déridant l’auditoire.

Une jeune fille en fut déridée plus que les autres (non qu’elle fût ridée à la base – puisqu’elle n’était âgée que de treize, quatorze ans tout au plus, pus-je en juger par le galbe de ses seins tout rondelets que mettait en valeur sa camisole Garage à 2,50$, quoique les hormones dont on surcharge le poulet de nos jours provoquent parfois prématurément la puberté chez les jeunes, c’est documenté, ce qui pourrait me faire reculer mon estimation à douze ans et demi, douze, sur la fesse – j’emploie « dérider » dans le sens de « amuser », « égayer ») et elle pouffa de rire. L’homme se fâcha. Il tenta de la sermonner mais manqua de crédibilité (autant en raison de son argumentaire – lequel tournait autour du respect minimal du prochain et de l'immoralité de se moquer du malheur des autres, argumentaire par conséquent chargé d'un larmoyant fond catholique, ce qui, en toute logique, justifie l'emploi du verbe « sermonner » dont on remarquera qu'il rappelle la parole du curé en chaire, le « sermon », et que depuis la Révolution tranquille officiellement, mais depuis bien longtemps avant dans les faits, la parole religieuse a perdu la prise qu'elle avait au Québec, alors imaginez ce qu'elle avait comme effet sur une jeune fille née en 1997 ! – que parce que sa cravate l'étouffait et qu'il geignait avec une voix de fausset) et s'enfuit dès que les portes se rouvrirent à la station Sherbrooke. La jeune fille monta le volume de son iPod (vert métallique, d'un modèle déjà vieux de quelques années, celui à roulette, vous savez, ce qui me fit soudain douter de l'âge réel de sa propriétaire, qui, si elle avait effectivement eu entre douze et quatorze ans, aurait sûrement eu en sa possession le gadget dernier cri à écran tactile qu'on peut secouer pour faire sautiller des bonshommes de jeux vidéo, étant donné la pression sociale que subissent les adolescents prompts à faire chanter leur parents qui leur achètent illico le dernier cossin condamné à disparaître en raison de l'obsolescence planifiée; une fille plus âgée, de disons, dix-sept, dix-huit ans, et donc possiblement plus raisonnable en raison de son âge, accepterait d'utiliser son même bon vieux iPod jusqu'à ce qu'il rende l'âme pour vrai) et murmura les paroles de sa chanson (ce qui me rappela qu'un jour je m'étais assis face à un jeune homme dans un wagon de métro plus calme, comme c'est drôle, quelle coïncidence! et que le volume de son baladeur était si fort que j'en reconnus la chanson, une chanson que je connais bien et dont je m'étais mis à murmurer les paroles moi aussi en me demandant si le jeune homme le remarquerait et ainsi aurait l'impression que son univers, par une intervention fantastique, prenait le pas sur celui des autres et que tous entendaient la même chose que lui) du bout de ses lèvres charnues et provocantes de candeur; vraiment, elle était jolie, cette jeune fille. Mais bon dieu, son parfum de guédaille me révulsait.

Deux heures plus tard, je revis l'homme à la cravate à la Bibliothèque nationale (laquelle n'avait pas perdu une seule lamelle de vitre dans la dernière année, une nette amélioration quant à moi, et il faut dire que depuis les incidents desdites lamelles tombées, des travaux ont été entrepris pour créer une plate-bande tout autour de l'édifice, évitant aux passants qui n'auraient pas eu la mauvaise idée de s'installer dans la plate-bande pour feuilleter leur livre de se faire défoncer par une masse de quelques centaines de kilos, comme cette pauvre jeune femme, Dieu ait son âme, qui a reçu l'an passé, alors qu'elle dînait avec son amoureux en tête-à-tête sur la terrasse d'un resto, une énorme brique s'étant détachée du mur au dessus), lisant Le monde diplomatique. Son téléphone cellulaire sonna brusquement (non qu'une sonnerie puisse sonner plus brusquement qu'une autre à proprement parler – dans la mesure où tout téléphone passe, si l'on se fie au carré sémiotique de Greimas, d'un état de non-émission à celui d'émission, ce qui ne peut placer aucun appareil au-dessus de l'autre en regard de cette fonction précise du degré zéro de l'avertissement – mais qu'il avait choisi comme timbre le début de la pièce The Runaway, de Gentle Giant, un échantillonnage de bruits de verre brisé très agressant, brusque en soi), rompant le silence de la salle de lecture. Une femme asiatique (Vietnamienne? Chinoise? Laotienne? Japonaise? Cambodgienne? Je ne sus le remarquer précisément, me trouvant par le fait même particulièrement ridicule de faire survivre ce cliché qui veut qu'on ne sait jamais identifier d'un regard une personne asiatique, me demandant si c'était le fait d'un racisme latent ou simplement d'une ignorance, et concluant qu'avant mon départ de la bibliothèque j'emprunterais un document sur l'ethnologie orientale – les Aïnus, peuple autochtone vivant au Japon et dans les îles de la Béringie, m'intéressent particulièrement) le gifla derrière la tête (une crisse de taloche).

Raymond Bock

8. PRONOSTICATIONS

D’après moi, si tu continues comme ça, tu risques de te retrouver tôt à tard à Berri-Uqam à l’heure de pointe.

— Ça se sent ces choses-là.

Tu seras tellement pressé par les événements que tu te verras contraint d’entrer en courant dans le wagon, à la seconde où les portes se referment. Comme Indiana Jones, sans le chapeau. Non, toi, tu auras plutôt le look d’un jeune cadre qui sait marier avec goût l’austérité d’une veste marron et le blanc de chaussures sport décontractées. Tu seras très tendance. En te retournant pour reprendre ton équilibre tout en gardant ta contenance, tu constateras avec désarroi que ta Giorgio Armani est prise entre les portes. Tu regarderas calmement autour de toi afin de mesurer la réaction des gens. Tu jugeras avec mépris le regard amusé des passagers, puis tourneras au violet lorsqu’une jeune fille éclatera de rire devant le ridicule de ta situation. Évidemment, tu te fâcheras et entameras un sermon que tu voudras inspiré, mais la posture grotesque dans laquelle tu te trouveras t’empêchera de trouver les mots justes, ce qui ne fera qu’alimenter l’hilarité de l’adolescente. Lorsque tu descendras à Sherbrooke pour te sortir de cette situation embarrassante, tu remarqueras que l’impertinente aura augmenté le son de son iPod, chantant tout bas un air que tu reconnaîtras sans peine, en ressentant toutefois l’ironie de la situation.

— Don’t worry be happy.

Deux heures plus tard, nous nous croiserons à la bibliothèque Nationale, toi lisant le Monde Diplomatique et moi, assis à ma table habituelle, sans doute en train d’écrire. Ton téléphone cellulaire, que tu auras négligé d’éteindre, peut-être parce que tu auras été la risée des passagers dans le métro un peu plus tôt, fera retentir une sonnerie aux airs latins totalement inopportuns et viendra anéantir le calme de la salle de lecture. Une femme asiatique, sans doute lointaine parente de Bruce Lee, passera derrière toi à ce moment précis et te donnera une claque derrière la tête qui, je n’en doute pas, parviendra à te faire réaliser que tu es devenu un rustre dépourvu de savoir-vivre.

Simon Soubresaut Brousseau

7. RÊVE

Je flotte à Berri-Uqam, j’entre dans le métro orange direction Xizhimen. Vêtu seulement d’une veste marron, porté par des Vierges Marie pures et blanches, les portes du wagon se referment sur mon phallus. Je perds l’équilibre.

Une jeune fille aux seins nus assise sur le banc juste à côté de moi se force pour éclater de rire, elle déclenche un rire gras, collectif, oppressif dans tout le train. Je me fâche, mais mon phallus coincé dans la porte ballotte mollement comme ma crédibilité qui file honteusement. Je vois une multitude de visages moqueurs et rieurs. La jeune fille qui a provoqué ce rire monte le volume de son ipod au point où tout le monde a sur les lèvres les paroles de la chanson. C’est insupportable. Je descends.

Réfugié à la Bibliothèque Nationale toujours porté par des Vierges Marie pures et blanches, je remarque que tous les visages aux yeux bridés lisent Le Monde Diplomatique, ils ressemblent à des passagers du métro, mon téléphone cellulaire sonne brusquement, mon téléphone cellulaire sonne violemment, mon téléphone cellulaire sonne constamment, la sonnerie est la chanson du métro. Une femme asiatique, dont les seins rebondissent, passe derrière moi et me frappe le derrière de la tête d’un coup de Monde Diplomatique roulé serré. À cet instant précis, je me réveille.

6. SURPRISES

Incroyable! Un métro à l’heure de pointe! Direction Montmorency! Un homme entre évitant les portes. Tchak! Diantre! Il porte une veste brune! Ce n’est pas tendance! Surtout avec une cravate de cuir coincé dans les portes.

Ah! Ah! Ah! Pouffe de rire une jeune fille. Grrr! Se fâche l’homme, dont la crédibilité est coincée avec sa cravate! Il sort en trombe et en colère à Sherbrooke! Surprise! Le volume du ipod de la jeune fille monte au rythme des paroles qui se baladent au bout de ses lèvres.

Sacré nom d’une pipe! Montréal est un village! Cent vingt minutes plus tard, je tombe sur la veste brune! Son propriétaire lit La Semaine à la Bibliothèque Nationale. Twilli! Twilli! Sonne son téléphone! Coup de théâtre! La jeune fille asiatique au ipod lui crisse un atémi derrière sa tête démodée! KIAILLE! Qu’elle fait en même temps que le vlan!

Flash Gordon

vendredi 17 septembre 2010

5. RÉTROGRADE

Paf! Sur la nuque du pauvre lecteur. À chaque univers, son big-bang : celui-ci naît du choc de la main de la Japonaise sur la tête de l’homme dont le cellulaire a laissé s’échapper une Die Walküre tonitruante, entre les rangées de la Grande Bibliothèque.

Quand elles ne le frappent pas, les femmes se moquent de lui. Deux heures plus tôt, il sortait du métro en fusil après qu’une jeune fille l’eut vu se prendre la cravate entre les portes du wagon. C’était entre les stations Berri-UQAM et Sherbrooke, il voulait jouer à l’adulte, avait mis son veston, avait plié Le Monde Diplomatique sous son bras.

S’il n’avait pas mis ces horribles souliers de course, si blancs, si juvéniles, l’envie de courir pour entrer dans le wagon aurait passé. Il aurait pris un autre train. C’était l’heure de pointe, il y en avait plein.

William S. Messier

mercredi 15 septembre 2010

4. MÉTAPHORIQUEMENT

Au beau milieu du rectiligne ver azur, aux heures et en direction du Klondike, un grand marronnier dégourdi fit vivement volte-face tout en coinçant sa corde-au-cou entre les mâchoires métalliques et claquantes d'une sésame à double-tranchant. Il chargea la sueur de son front de défendre son honneur face à une dragonesque et arborescente jeune oie du Canada qui n'avait pu retenir ses gloussements. Sa peine refusant d'être perdue devant cette jouvence implacable, il jailli à la fontaine suivante, automnal, effeuillé.
À l'intérieur même de l'utérus culturel de la nation, je recroisai sa route quelques égrènements d'aiguille plus tard alors même qu'assis en Amérique, il lisait l'Europe et se faisait souffleter par l'Asie.

Clarence L'inspecteur

3. LITOTES

Je circule sous terre avec un certain nombre de gens quand un homme se voit contraint dans ses mouvements, ce qui ne déplaît pas à une fille. Il veut lui en parler mais s'en va, et de toute façon elle n'aurait rien entendu.
Plus tard, je le revois à la bibliothèque, puni pour avoir rompu le silence.

Raymond Bock

2. EN PARTIE DOUBLE

Dans le métro, un moyen de transport plutôt vert, à l’heure de pointe et au moment de la journée où les gens se rendent travailler, à Berri-Uqam, une station achalandée. Dans la ligne orange et dont la couleur rappelle vaguement celle de l’abricot, se dirigeant en direction de, et vers Montmorency. Un homme, un mâle entre et pénètre en courant et sprintant dans le wagon et le fourgon juste au moment et à l’instant même où les portes et les issues se referment et se rabattent. Il porte et est vêtu d’une veste et d’un blazer marron et brun, des souliers, des espadrilles sports blancs coquille d’oeuf, blancs comme la Vierge Marie. En se retournant et en faisant demi-tour, pour reprendre et ressaisir son équilibre et sa stabilité, sa cravate se prend, est prise en otage par les portes.

Une jeune et gamine fille assise et posée sur le banc juste à côté et pas très loin ne peut ni s’empêcher ni se retenir de pouffer et d’éclater de rire. L’homme se fâche et se révolte. Il tente, essaie de la sermonner et de lui faire la leçon, mais sa cravate prisonnière et captive des portes lui enlève et lui retire toute crédibilité et vraisemblance.

Il descend et sort à Sherbrooke et la fille lève, hausse le son et la musique de son ipod en murmurant et en susurrant les paroles de la chanson du bout, de l’extrémité des lèvres et de la bouche.

Deux heures, 120 minutes plus tard, je croise, je rencontre l’homme, l’individu à la cravate, au bout de tissu ornemental socialement fort prisé à la Bibliothèque du peuple, la Bibliothèque Nationale. Il est en train, il s’affaire à lire et à décortiquer Le Monde Diplomatique et son téléphone cellulaire, son appareil de communication sonne et retentit brusquement, abruptement. Une femme, une nana asiatique et tout à fait orientale qui passait derrière, c’est-à-dire au verso, à cet instant précis, exact, lui donne, lui administre une claque, une taloche derrière la tête, à l’arrière de sa boîte crânienne.

Simon Soubresaut Brousseau

1. NOTATIONS

Dans le métro à l'heure de pointe. Station Berri-Uqam. Ligne orange, direction Montmorency. Un homme entre en courant dans le wagon juste au moment où les portes se referment. Il porte une veste marron et des souliers sports blancs comme la Vierge Marie. En se retournant pour reprendre son équilibre sa cravate se prend entre les portes.
Une jeune fille assise sur le banc juste à côté ne peut s'empêcher de pouffer de rire. L'homme se fâche. Il tente de la sermonner, mais sa cravate prisonnière des portes lui enlève toute crédibilité. Il descend à Sherbrooke et la fille lève le son de son ipod en murmurant les paroles de sa chanson du bout des lèvres.
Deux heures plus tard je croise l'homme à la cravate à la Bibliothèque Nationale. Il est en train de lire Le Monde Diplomatique et son téléphone cellulaire sonne brusquement. Une femme asiatique qui passait derrière lui à cet instant précis lui donne une claque derrière la tête.

Clarence L'inspecteur